En écoutant Angela Merkel entamer son 3ème mandat mercredi 18 décembre au Bundestag par une déclaration de politique gouvernementale à la veille du sommet européen, on avait l'impression de ne rien entendre de neuf. Sigmar Gabriel, le président du parti social-démocrate, et nouveau vice-chancelier assis sur les bancs du gouvernement pianotait impassible sur son smartphone, tandis que la chancelière énumérait les bienfaits de la politique d'austérité et de rigueur budgétaire imposée par ses soins aux partenaires européens en crise ces trois dernières années. Elle insistera certes sur la nécessité de la recherche, des investissements de la lutte contre le chômage des jeunes pour relancer la croissance.angelavision.jpg

Mais si la zone euro a été stabilisée, selon Merkel, c'est que le principe selon lequel l'aide aux pays en difficultés doit aller de pair avec des réformes structurelles de leur part a fait ses preuves. « Même si les mesures qui en découlent ont été accueillie plus ou moins amicalement dans les pays concernés ». La chancelière a évoqué les « progrès » de la Grèce de Chypre ou du Portugal. Ce qui lui vaudra une critique cinglante de la porte-parole du parti die Linke, Sarah Wagenknecht, fustigeant l'accroissement de la misère et l'enrichissement au contraire des plus riches dans les pays victimes des remèdes de la chancelière.

Mais le SPD -comme les verts-, rappelons le, ont approuvé ces deux dernières années les résolutions européennes proposées par le précédent gouvernement d'Angela Merkel. Quelles que soient leurs réserves sur les dommages collatéraux de la politique d'austérité et de coupes sociales imposées aux pays en crise.

L'accord de gouvernement signé avec les sociaux démocrates est d'ailleurs « béton » sur le chapitre Europe et reprend les mots clés de la politique de la chancelière, équilibre budgétaire, épargne, compétitivité. A ce propos la chancelière s'est insurgée hier face aux accusations de la commission européenne concernant la politique de subvention du prix du courant en faveur des grandes entreprises allemandes. « Le nouveau gouvernement ne tolérera aucune mesure susceptible d'affaiblir les entreprises et d'entraîner des suppressions d'emploi. L'Allemagne veut rester un site industriel puissant et nous avons besoin d'entreprises compétitives, insistait-elle ». Un principe que devra défendre Sigmar Gabriel, qui occupe le poste de ministre de l'économie et de l'énergie.

Avant de rencontrer François Hollande, la chancelière a défendu enfin la nécessité d'accroître les contraintes au sein de la zone euro, dans la perspective de « renforcement de l'intégration européenne » et de redéfinition des compétences et « des souverainetés », quitte à «  faire évoluer les traités dont les bases actuelles sont insuffisantes ». Affichant à nouveau une divergencede taille avec Paris.

Pour l'instant, seules les réformes sociales de la grande coalition, l'instauration d'un salaire minimum, la retraite à 63 ans le relèvement des pensions indiquent donc un changement de politique européenne du nouveau gouvernement. C'est déjà trop pour certains d'ailleurs. Un tiers des 42 députés qui ont voté contre l'élection de Merkel mardi dans les rangs démocrates chrétiens et sociaux démocrates viennent de la CDU/CSU, estime-t-on dans les couloirs du Bundestag.


ce billet reprend pour l'essentiel un article paru ce matin dans Sud Ouest.