Après Michail Khodorkowski, les Pussy Riot Nadia Tolokonnikova et Masha Alyokhina ont été libérées. Le milliardaire « philantrope » enfermé dix ans, leur adresse ces mots sur son blog. « la libération des prisonniers politiques rend ceux qui sont au pouvoir un peu plus humains (…) trouver la force de ne pas cultiver la colère et la haine dans vos cœurs, sera sans doute le plus important pour vous », après la « torture » de l'emprisonnement.
C'est Hans-Dietrich Genscher, le ministre des affaires étrangères du chancelier Kohl à l'époque de la chute du mur qui a déployé des efforts méritoires pendant plus deux ans pour obtenir la libération de Khodorkowski. Quoi que l'on pense du personnage du prisonnier de Poutine -qui n'est ni Soljenytsine, ni Mandela, contrairement aux éloges médiatiques ici et là- on ne peut que se réjouir de sa libération.
Quelles ont été les conditions posées par Moscou, ou les contre-parties du côté de l'Allemagne ?
« C'est un triomphe de la diplomatie secrète allemande, souligne Alexander Rath, chercheur et expert des relations avec Moscou, qui a secondé Genscher pendant deux ans et demi. C'est une démonstration de ce que l'Allemagne dispose toujours de canaux en Russie que les États-unis et la Grande Bretagne n'ont pas. »
Les liens économiques tissés entre les deux pays n'y sont pas étrangers. Les partenariats stratégiques de Gazprom', Siemens, Basf, les besoins en gaz de la République fédérale, et en modernisation industrielle pour la Russie, fondent leurs intérêts communs. Pour l'instant tout des négociations dont la chancelière était informée régulièrement restent sous le manteau du secret.
La libération des Pussy Riot démontre par ailleurs qui sont les véritables résistants aux régime du Kremlin sur place. Khodorkowski ne veut plus faire ni affaires , ni politique pour l'instant a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Berlin -après un voyage en jet-privé et une chambre à l'hôtel Adlon. Il aurait demandé un visa pour la Suisse.
Les Pussy Riot elles ont dénoncé dés leur libération le système carcéral qui brise les personnes et l'opération de communication que constitue leur grâce -comme celle des militants de Greenpeace-, dans la perspective des jeux de Sotchi. De Moscou, elles ont invité Khodorkowski a rejoindre leur combat pour chasser Poutine du pouvoir, lors d'une conférence de presse tenue le 27 septembre
En Allemagne , l'accueil de Khodorkowski contraste avec l'attitude affichée à l'égard d'Edward Snowden. Il démontre la stupidité des arguments selon lesquels il serait impossible d'accueillir celui-ci, soi disant pour des raisons juridiques. « Il est clair maintenant que toute personne qui le désire ne peut être interdite de séjour en République Fédérale, si la volonté politique existe », commente le Tageszeitung berlinois proche des Verts. C'est le cas en ce qui concerne Khodorkowski, critique du régime russe, mais cette volonté fait défaut pour l'ancien collaborateur des services secrets US qui a dénoncé le pouvoir de « Big Brother » de la NSA.
strobsnow.jpgHans-Christian Ströbele, le député des Verts de Berlin-Kreuszberg qui a fait le voyage à Moscou pour y rencontrer Snowden a moins de chance que Genscher. Il n'a certes pas été contraint d'agir dans la clandestinité, comme ce fut le cas de l'ex ministre des affaires étrangères. A son retour, il a pu transmettre ouvertement la demande de Snowden d'un asile en Allemagne et son offre d'éclairer Berlin en détail sur l'espionnage dont sont victimes les dirigeants allemands (du Bundestag aux entreprises en passant par la chancelière). En vain.
« Khodorkowski mérite d'être accueilli en ami après un long séjour en prison pour des faits qu'il n'a vraisemblablement jamais commis, à l'inverse d'Edward Snowden, résume le Frankfurter Allgemeine Zeitung. »
Angela Merkel pourrait au moins remercier celui-ci de ce que son portable n'est plus sous écoute de la NSA depuis les révélations de l'ex-agent des services secrets, commentait sobrement Ströbele de retour à Berlin.
Selon les services des experts du Bundestag, consultés à la demande du parti die Linke, l'accueil de Snowden en Allemagne était légalement possible. Un titre de séjour pouvait lui être délivré, écartant la menace d'une extradition vers les USA. Il peut être délivré pour garantir des intérêts politiques, comme pour des raisons humanitaires ou ressortant des droits de l'Homme.
Les arguments avancés par exemple par Thomas Opperman, le nouveau président du groupe parlementaire SPD au Bundestag selon qui le séjour de Snowden en Allemagne ne serait pas sur en raison des accords d'extradition de l'Allemagne et des USA ne sont que des arguties juridiques pour masquer sa propre couardise, selon le Süddeutsche Zeitung. On fait comme si on se souciait du sort de Snowden alors qu'en fait on se préoccupe de son propre sort avant tout, dans la crainte de la colère US...Kho