La CSU bavaroise a enfourché son nouveau cheval de bataille électoral : les immigrés qui trompent les autorités pour abuser des bienfaits du système social allemand devront décamper « Wer betrügt der fliegt », assène le président du parti Horst Seehofer. La démocratie-chrétienne bavaroise chauffe ainsi ses troupes pour les prochaines élections, les communales en mars et les européennes en mai. Elle a saisi l'occasion. Depuis le 1er janvier les ressortissants bulgares et romains peuvent en effet venir travailler en Allemagne comme les citoyens des autres pays membres de la communautés. Leur libre accès au marché du travail avait été « gelé » jusqu'à cette date lors de l'adhésion des deux pays à l'Union européenne. La CSU sonne l'alarme contre « l'immigration de la misère ».

Les sociaux-démocrates, partenaires de la CSU au sein du gouvernement de grande coalition d'Angela Merkel, s'élèvent contre ces slogans électoraux qui visent à monter les esprits contre les pauvres et pourraient encore « porter tord à l'image de l'Allemagne en Europe », selon Frank-Walter Steinmeier (SPD), ministre des affaires étrangères, note le Tagespiegel. Mais Seehofer leur réplique en soulignant que l'accord de gouvernement paraphé par les sociaux démocrates et les démocrates-chrétiens (CDU/CSU) s'engage bien a réduire les incitations à l'immigration pour bénéficier du système de protection social !

Le ministère du travail de Manuela Schwesig (SPD) rejette certes la revendication avancée par la CSU de ne verser les allocations familiales qu'aux seuls enfants qui fréquentent une crèche ou une école, en soulignant qu'elle ne figure pas dans l'accord de gouvernement. Mais dans l'opposition, le député du parti die Linke, Jan Korte, rétorque que si l'indignation du SPD à l'égard de la CSU est justifié, les sociaux démocrates ne doivent s'en prendre qu'à eux même après avoir signé un accord de gouvernement qui s'engage à lutter contre les abus des citoyens de l'Union européenne. Il demande par ailleurs à la chancelière de ramener « le parti frère de la CDU à la raison ».tazseehofer.jpg La CSU s'engageant dans sa campagne électorale « sur le dos des plus faibles, avec ses sorties racistes. » "Le spectre Rom", commente le quotidien Tageszeitung.

La fédération des chambres de commerce et d'industrie (DIHK) s'élève de son côté contre la campagne de la CSU, rapporte le quotidien économique Handelsblatt, car l'immigration ne doit pas « être montrée sous un mauvais jour » dans un débat politique exacerbé.

Le marché du travail allemand aura toujours plus besoin des immigrés, en effet. Le solde positif de l'immigration cette année, à hauteur de 400000 personnes, est un record depuis 1993 et un signe encourageant, car l'afflux de nouveaux migrants est le seul moyen de contrer la décroissance démographique de l'Allemagne qui se traduit chaque année par 100000 personnes actives en moins, sur le marché du travail.

Mais plutôt que de s'attaquer aux multiples problèmes de l'intégration des nouveaux arrivants, la politique préfère faire dans le simplisme, commente le quotidien berlinois Tagesspiegel. On s'accorde pour lutter contre les abus et punir les profiteurs des bienfaits du système social. Alors que « la majorité des nouveaux arrivants en Allemagne rencontre des problèmes avec la bureaucratie, avec la reconnaissance de ses diplômes professionnels et fait face à une discrimination latente dans un pays qui montre peu de chaleur dans l'accueil des nouveaux migrants. » Ce sont là les principaux problèmes dans une société dont on se plaint régulièrement du vieillissement. « Les abus de prestations sociales sont un petit problème à côté, mais on leur accorde une telle attention qu'il ne reste pratiquement rien pour les questions essentielles. »

Si l'on se réfère par ailleurs aux données de l'institut de recherche sur le marché du travail (IAB), les migrants d'origine roumaine et bulgare sont parmi les mieux intégrés et ne sont pas les moins bien qualifiés. Ils sont 370 000 actuellement en Allemagne leur nombre pourrait s'accroître de 100 à 180 000, et 55 % d'entre eux disposent d'un diplôme professionnel spécialisé -une moyenne supérieure à celle des Allemands eux même. 10 % étaient titulaires en 2013 d'un revenu social « Harz IV » pour les chômeurs de longue durée ou les sans ressources. Une moyenne supérieure à celle de l'ensemble des habitants en République fédérale, qui est de 7,5 %, certe, mais un taux inférieur à celui de tous les « étrangers » résidents en Allemagne qui est de 15 %.