L'affaire Edathy, une « affaire d'état » selon der Spiegel, secoue la grande coalition d'Angela Merkel. edathy.jpgLa chancelière a désigné une première victime la semaine dernière, en contraignant à la démission son ministre de l'agriculture, Hans-Peter Friedrich, pilier de la démocratie chrétienne bavaroise et ministre de l'intérieur au début de l'affaire. Sebastian Edathy, étoile montante du parti social-démocrate avait été impliqué en novembre dans l'enquête de la police canadienne démantelant un réseau de pédophiles qui se fournissait en films et images via internet auprès d'une firme canadienne. II a démissionné de son mandat de député au Bundestag le 7 février dans de troubles circonstances. Il s'était procuré au Canada de 2005 à 2010 un « matériel » de catégorie 2, ne reproduisant pas d'actes sexuels, « à la frontière » de la légalité. Seuls les films de catégorie 1, mettant en image des scènes pornographiques, sont en effet susceptibles de poursuites en Allemagne jusqu'à présent. Quoiqu'il en soit, les tendances pédophiles de l'homme politique sont devenues publiques. Et l'on ne peut imaginer dans l'exercice d'une responsabilité publique, une personne qui stimule ses fantasmes sexuels avec des photos d'enfants nus. Même s'il ne s'agit pas d'un jugement pénal, mais d'une appréciation personnelle et politique, commente le Süddeutsche Zeitung..

Le député social-démocrate s'était fait remarquer au cours de l'année 2013 en dirigeant avec brio la commission d'enquête sur les crimes du trio nazi de la NSU qui tua dix victimes sans être inquiété pendant 13 ans par les autorités. Il fit le procès en règle de la faillite des autorités policières et judiciaires allemandes à ce propos -ce qui pourrait lui avoir valu quelques inimitiés, selon certains.

En novembre, Hans-Peter Friedrich, ministre de l'intérieur du gouvernement sortant, participait aux négociations avec le SPD qui aboutiront en décembre à la mise en place du futur gouvernement de grande coalition rassemblant les sociaux démocrates, la CSU bavaroise et la CDU d'Angela Merkel. Au fait de l'enquête canadienne et de l'ouverture d'une procédure par la justice allemande, Il prit alors l'initiative de prévenir le président du SPD, Sigmar Gabriel, des procédures entamées contre Edathy, qui figurait sur la liste des « ministrables ». Une précaution visant à éviter tout « scandale », qui aurait éclaboussé plus tard un ministre en exercice du gouvernement Merkel.

Gabriel, fit part de la confidence de Friedrich à Thomas Oppermann, nouveau chef du groupe parlementaire du SPD et à Franck-Walter Steinmeier, son prédécesseur. Afin, dit-il, d'éviter tout débat inutile concernant la candidature d'Edathy à un poste de ministre. Opperman prit contact avec le chef de la police criminelle, afin de conforter cette information.

Les poursuites entamées par le parquet de Hanovre contre Edathy -député de la région de Basse-Saxe- ayant filtré dans la presse locale, alors qu'Edathy démissionnait du parlement le 7 février pour «raison de santé»,  et prenait le large -il serait aujourd'hui « réfugié » au Danemark. L'affaire explosait alors dans les médias, éclaboussant illico Opperman, Friedrich et Gabriel.

Pour se dédouaner, Thomas Oppermann « avouait » avoir été prévenu par le ministre de l'agriculture, via Sigmar Gabriel. Friedrich était aussitôt accusé en retour d'avoir entravé les poursuites du parquet en dévoilant celles-ci à la direction du SPD. Celle-ci aurait fini par avertir Edathy, afin qu'il démissionne. Le député ayant pris les mesures nécessaires, selon le parquet, pour faire disparaître les traces de matériel téléchargé auprès de la firme canadienne. Gabriel, Oppermann, et Edathy démentent certes ces accusations-spéculations. Le député social-démocrate soulignant qu'il a lui même pris contact avec son avocat et les autorités dés novembre, en apprenant par la presse notamment les poursuites entamées auprès de la firme canadienne auprès de laquelle il s'était fournit.

Hans-Peter Friedrich s'est défendu de son côté en soulignant qu'il aurait été accusé de négligence coupable s'il avait laissé le SPD dans l'ignorance nommer Edathy ministre !

Mais selon ses déclarations, il a dû lui démissionner sous la double pression d'Angela Merkel et de Horst Seehofer, le président de la CSU, qui l'ont proprement « laissé tomber ». Seehofer ne pouvait pas se permettre avant les élections municipales d'épargner un collègue embringué dans une affaire de pédophilie, pour avoir voulu épargner cette épreuve au SPD. « Le fardeau a donc été jeté par dessus bord ». Merkel s'est comportée de la même façon, souligne le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

En revanche, certains au sein de la démocratie chrétienne, exige maintenant la démission d'Oppermann, qui a vendu la mèche en chargeant Friedrich. La confiance entre partenaires de la grande coalition est ébranlée, une réunion de crise se tiendra mardi 18 pour recoller les morceaux. Et sacrifier une nouvelle victime de l'affaire Edathy ?

Note: Une part des films pornos-pédophiles saisis par la police canadienne lors de son enquête proviennent par ailleurs d'un producteur allemand selon der Spiegel, chef d'une entreprise Roumanie. Il y aurait recruté 200 jeunes pour les tournage, dans les quartiers pauvres de Zalau, au nord du pays. Il leur proposait de s'entraîner au Karate, leur offrait voyage pizza et limonade et les filmait nus dans sa piscine après les avoir contraints à se badigeonner d'huile. La police procéda à son arrestation après avoir été alertée par des parents et il fut condamné à deux ans de prison. Les films vendus aux distributeur canadien était revendus aux clients jusqu'à 3000 dollars pièce.