« Toute sanction qui rompt le dialogue avec la Russie serait irresponsable dans la situation actuelle. Je me réjouis que la porte du sommet du G8 ne soit pas encore refermée. Nous avons besoin d'exploiter toutes les chances pour une solution politique. Même si la fenêtre ne cesse de se rétrécir, estime Gernod Erler, social-démocrate, spécialiste de la Russie et chargé des relations avec Moscou au sein du gouvernement dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le 4 mars. La proposition de constituer un groupe de contact du ministre des affaires étrangères Steinmeier est la bonne, selon lui. Si la Russie cautionne un référendum en Crimée, qui n'est pas possible selon la constitution Ukrainienne, cela constituerait une escalade ultime et le prix à payer, serait très élevé pour la Russie."

Josef Joffe, éditeur de die Zeit  évoquait l'éventail des sanctions  possibles  dans die Zeit on line le 6 mars : « plus de G8, pas d'intégration à l'OCDE, le club des pays industriels, le rationnement drastique de l'aide technologique, un frein des investissements occidentaux, la restriction des visa pour les officiels russes, pas de place scolaire réservées aux enfants de l'oligarchie à qui l'on interdirait en même temps les possibilité d'abriter ses capitaux à Londre, Chypre ou en Suisse....telles sont les possibilités de sanctions qui permettraient de faire pression sur Poutine en les liant avec l'offre suivante : levée des sanctions si Moscou sait faire preuve de responsabilité !

Poutine.jpgAutant de menaces qui ne semblent guère effrayer le président  Poutine, alors que l'annexion de la Crimée semble déjà inexorable.

Mais  les sanctions renforcées -en plus de celles que vient déjà de décider l'Union européen, envisagées vendredi 7 par Angela Merkel, faute de solution diplomatique dans les jours prochains, alarment sérieusement par contre les industriels allemands.

Les deux pays ont renforcés en effet leurs liens ces dernières décennies. Les échanges entre la Russie et l'Allemagne sont pratiquement équilibrés. L'Allemagne s'approvisionne pour 40 % de ses besoins en gaz en Russie, plus de la moitié passe par les gazoducs qui traversent l'Ukraine et pour 35 % de ses besoins en pétrole. Les entreprises allemandes livrent en sens inverse, avant tout des machines -outils, des automobiles, et des produits chimiques à la fédération de Russie, le quatrième importateur de machines-outils allemandes après la Chine, les USA et la France.

Un « partenariat stratégique » lie les groupes allemands Basf-Wintershall et Gazprom', associés de l'extraction du gaz en Sibérie à sa distribution en Europe. Siemens entretient également un partenariat privilégié avec le groupe russe tentaculaire.

La crise ne fait donc pas du tout l'affaire des entreprises allemandes. 300 000 emplois dépendent des échanges Russie-Allemagne, selon Rainer Lindner, secrétaire général de la « commission ouest » de l'industrie allemande.

« Nous traversons de sévères turbulences sur les marchés, l'économie russe est déjà très touchée, il en va de même pour les d'entreprises allemands cotées en bourse qui ont des rapports plus étroits avec la Russie que d'autres pays européens. » 6000 entreprises originaires d'Allemagne sont implantées dans la fédération russe, soit un nombre plus important que celui des entreprises de tous les autres pays européens réunis.

« Avec des sanctions économiques on mutile sa propre chair, insiste Hans-Werner Sinn, chef de l'institut économique de Münich, dont les propos sont repris par Spiegel on line. L'Allemagne ne peut pas se permettre une telle politique, car en plein tournant énergétique nous sommes de plus en plus dépendants des livraisons de gaz russe. »

Une crainte que ne partage pas la chancellerie. Les réserves de gaz sont pleines et les livraisons de gaz russe à Berlin n'ont jamais été menacées, même du temps de la guerre froide lorsque la Russie soviétique alimentait déjà l'Allemagne fédérale d'Helmut Kohl. Mais attention à « ne pas jouer au Poker », met en garde le Tagespiegel berlinois. L'Union européenne espère que sous le coups des sanctions le joueur adverse, Poutine, va cesser son jeu insensé. Mais on sait bien aussi à Bruxelles et dans les capitales de l'Union, que si l'on prend des sanctions qui ne se limitent pas à la politique mais qui touchent également à l'économie en gelant par exemple les avoirs financiers de l'élite russe, le risque encouru sera énorme. Carles entreprises allemandes, britanniques et françaises seront bientôt touchées par des contre-mesures, en réplique.

Les sanctions pourraient alors dresser une nouvelle barrière est-ouest dans une confrontation dont les suites sont imprévisibles. Alors que le mérite historique de l'Union européenne est d'avoir permis jusqu'ici de dépasser la fracture du continent après la chute du mur.