« Il faut revoir la politique énergétique de l'Allemagne » a déclaré Angela Merkel après sa rencontre avec le premier ministre canadien, Stephen Harper, rapporte Spiegel on Line. La crise en Ukraine et le rattachement de la Crimée à la Russie renforcent le camp de ceux qui estiment que l'Allemagne est trop dépendante du gaz russe, à fortiori depuis la mise en service du gazoduc Northstream qui livre directement le gaz de Russie en Allemagne.

gazrusse.jpgUn sujet particulièrement sensible car il met en cause d'énormes intérêts financiers et industriels. Gazprom' produit son gaz en Russie et le distribue en Europe en coopération étroite avec Wintershall-Basf et Siemens, deux poids lourds de l'économie allemande. C'est un partenariat stratégique mis en place depuis 20 ans et encouragé par le duo Schröder Poutine -l'ex-chancelier Schröder est aujourd'hui dirigeant de Northstream.

Pour diversifier les sources d'approvisionnement de l'Allemagne, le premier ministre canadien a offert ses services à la chancelière. « Nous avons d'énormes ressources énergétiques et, regrette-il, nous vendons actuellement seulement sur le marché nord-américains. Barack Obama avait affirmé la veille qu'il était prêt à fournir à l'Europe le gaz liquide produit par les USA.

Angela Merkel reste néanmoins prudente et espère que « nous ne serons pas contraints de prendre » une nouvelle vague de sanctions contre Moscou.

Sigmar Gabriel, ministre de l'économie social-démocrate et vice-chancelier, est quant à lui très direct: « dans le débat sur l'approvisionnement énergétique de l'Allemagne, on fait comme s'il y avait d'autres alternatives, explique-t-il. Ce qui est faux Et puis la Russie a toujours honoré ses contrats de livraison de gaz, même durant la guerre froide rappelle-t-il. note le quotidien die Welt.

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L'Allemagne importe 35 % de son pétrole et 36 % de son gaz de Russie. Diversifier l'approvisionnement en pétrole serait certes possible. Quant à l'approvisionnement en gaz c'est une autre affaire , analyse le quotidien Tagesspiegel. Les réserves de gaz en Norvège (9,7 % des importations allemandes) interdisent par exemple toute sur-exploitation. Le gaz-liquide transporté par tanker est deux fois plus cher que le gaz russe et le Japon est aujourd'hui le premier client -en raison des suites de Fukushima et de l'arrêt d'exploitation des centrales nucléaires.Le gaz liquide provenant du gaz de schiste US pourrait être livré en Europe à partir de 2015, mais ne sera pas non plus concurrentiel face au gaz russe.

L'ex chancelier social-démocrate Helmut Schmidt, toujours très écouté en Allemagne, a rejoint les rangs des avocats de la Russie -et du gaz russe-, aux côtés de Gerhard Schröder. Il souligne qu'il faut comprendre les réactions de Moscou et l'annexion de la Crimée. Les « sanctions » économiques sont stupides selon lui et la situation en Ukraine est très dangereuse parce que l'ouest souffle sur le feu. Un jugement qui horripile le quotidien Bild-Zeitung qui met en cause la clairvoyance de Schmidt, brouillée par la fumée de ses cigarettes -à 95 ans il est célèbre aussi pour son tabagisme impénitent.

Le quotidien populaire cite également quelques alliés de Poutine en Allemagne, Eckhard Cordes, qui préside la commission est de l'économie allemand. Joe Kaeser, président de Siemens, qui s'affiche avec Wladimir Yakunin, chef des chemins de fer russes et proche de Poutine, interdit de voyage à l'ouest par les sanctions qui viennent d'être prises contre Moscou. « Nous n'allons pas nous laisser égarer par des turbulences à court termes, dans nos plans à long termes avec la Russie », souligne Cordes. Horst Teltschik, ancien conseiller de la chancellerie explique de son côté : « il ne faut pas s'étonner que la Russie défende ses intérêts quand on la dévalorise en ne cessant de les ignorer ». Ulrich Grillo, président des fédérations d'entreprises conclu : « les entrepreneurs ne devons pas débattre ouvertement des sanctions économiques. Elles feront des dégâts des deux côtés ».