Ce qui se passe depuis a encore dégradé la confiance déjà restreinte dont bénéficiait le parlement et le vainqueur de l'élection Jean Claude Juncker.

La faute en revient aux chefs d'état et de gouvernement qui se sont réunis aussitôt et le laissent tomber au lieu de le féliciter et d'en faire leur candidat à la présidence de la commission -comme promis dans la campagne électorale.

La chancelière tient selon les commentaires des médias un rôle particulièrement désastreux. Elle a joint ses efforts à ceux de Cameron pour éviter la présidence de Juncker, refusant un vote qui aurait pu le conforter et menaçant même d'opposer son veto.

La crainte de la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, comme l'explique Merkel n'en est pas la seule cause. Un axe Londres-Berlin se cache derrière ce choix qui tient l'EU en otage depuis des années, commente le Tageszeitung berlinois dans son édition de mardi 3 juin. Qu'il s'agisse du budget de l'UE, du traité de libre-échange avec les USA, ou des questions d'espionnage. Le seul souci de Merkel-Cameron est de faire triompher leur politique libérale contre le parlement européen.

Merkel a certes apporté son appui à Juncker lors de la « journée des catholiques ». Mais cela reste trop vague et bien trop tardif. Elle recherche un compromis, ce qui veut dire que l'avis de Cameron qui ne bouge pas d'un pouce reste pour elle le principal.

Le sociologue Ulrich Beck a baptisé la chancelière « Merkiavelli » pendant la crise de l'euro. Elle joue froidement les pièces de son jeu d'échec les uns contre les autres, pour apparaître en fin de compte comme le grand vainqueur. Peut être parce que toutes les décisions importantes sont prise derrière les coulisses.

Mais c'est du passé. Merkiavelli est sous la pression du parlement européen et d'une nouvelle opinion publique attentive. Chaque retournement est observé avec attention. Il faut maintenant briser le pouvoir dominant de la commission et imposer enfin la démocratie en Europe.

Un voeu qui semble avoir aussitôt été suivi d'effet. MerkelJuncker.JPGAprès avoir freiné des quatre fers la candidature de Juncker, la chancelière  déclarait lundi 2 juin: " je fais tout mon possible dans les discussions en cours afin que Jean Claude Juncker obtienne la majorité nécessaire au conseil afin d'être élu président de la commission européenne". Ce qui pourrait signifier qu'il soit élu contre la volonté de Cameron. Les sociaux démocrates allemands, membres de la grande coalition au pouvoir à Berlin, se félicitent que Merkel ait changé de point de vue "sous la pression du SPD" et soutienne maintenant la candidature de Juncker , souligne le Tageszeitung dans l'édition à paraître ce mercredi. "Il est inadmissible que Cameron se soit arrogé un droit de veto", afin de remettre en cause le vote des électeurs du 25 juin, insiste Yasmin Fahimi, secrétaire du SPD. Soutenir Juncker aujourd'hui ne lui parait pas être contradictoire avec la campagne des sociaux-démocrates européens, dont le candidat, Martin Schulz, était présenté comme l'aternative au libéralisme conservateur de la droite libérale du parlement européen et de son candidat Jean-Claude Juncker! Celui-ci doit proposer selon elle un programme qui soit acceptable pour les sociaux-démocrates afin d'être élu. Les banques devront être tenues en laisse, les paradis fiscaux mis hors d'état de nuire et un programme social adopté pour lutter contre le chômage des jeunes.