La pensée économique unique d'H W Sinn en question
Publié le jeudi 27 novembre 2014, 14:50 - modifié le 16/12/14 - économie - Lien permanent
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Hans Werner Sinn vient de publier un essai dans
lequel il défend sa conception de l'économie avec véhémence sous le titre "Der
große Irrtum".
Il accuse ses critiques de n'avoir pas compris l'économie
et les économistes qui, selon lui, ne croiraient pas à la
perfection de l'économie de marché, mais chercheraient au contraire
à corriger ses défauts.
Or c'est justement
le problème de la science économique aujourd'hui répliquent ses contradicteurs. Elle s'oriente en
permanence sur une image idéale des marchés et considère ainsi
l'économie sous un seul angle comme le défend Sinn.
Les étudiants apprennent dés les
premières leçons d'économie que le bien être de la population
s'accroît quand elle peut s'approvisionner selon ses besoins sur les
marchés. C'est la clé de la théorie néo-classique qui imprègne
profondément notre compréhension de l'économie.
La comparaison de
l'économiste à un médecin illustre bien
cette vision unilatérale et problématique du marché.
"L'économiste
est l'équivalent du médecin, explique en effet Sinn, il
doit savoir lui aussi comment se comporte un corps en bonne santé.
Faute de quoi il ne peut ni diagnostiquer la maladie ni la soigner.
Un bon médecin n'intervient pas sans raison sur les processus du
corps, il le fait uniquement lorsqu'il peut déceler objectivement
une anomalie par rapport à la norme et dispose d'une thérapie
appropriée en ce domaine."
Les crises sont donc
l'exception notent ses contradicteurs. Une maladie agressant un corps sain. Le
marché incarnant l'idéal pour la société, est l'équivalent du
corps bien portant. "Le médecin-économiste est le sauveur qui sait
parfaitement ce dont le malade a besoin. Les causes multiples et
complexes de la crise financière et leur interactions sont ainsi
ignorées ainsi que les thérapies qui seraient adaptées au mal. On
ignore même une critique plus fondamentale encore qui comprend la
crise comme le symptôme d'un maladie générale de l'organisme."
Mais quand les économistes comme les médecins prescrivent un seul remède qui n'a pas d'alternative selon eux, on se rend compte combien les conséquences de cet unilatéralisme peuvent être dommageables. Dans les pays du sud par exemple. Les sacrifices de l'austérité que les peuples doivent y subir sont décrits comme les effets secondaires de la pilule indispensable qui doit leur être administrée, en dépit de leur propre volonté.
Selon les économistes adeptes du marché, celui-ci permettrait une répartition optimale des marchandises, chacune trouvant preneur. Ceci, sans que la question de l'écart de plus en plus grand entre les pauvres et les riches ne soit prise en compte. L'efficacité l'emporte sur l'égalité, la justice. L'économie mainstream ne laisse en fait aucun de ses paradigmes être remis en cause par la recherche, les études, elle est devenue partie intégrante d'une certaine vision du monde. Ses promoteurs s'abritent sous le manteau de l'objectivité.
Or il existe d'autre
écoles de pensées que la doctrine néoclassique, qui ouvrent
d'autres perspectives et s'attaquent par exemple aux questions d'une
juste répartition, du rôle du pouvoir dans la société, ou des
dynamiques complexes de systèmes. Elles peuvent nous permettre
d'aborder plus efficacement la réalité complexe et d'apporter des
réponses appropriées aux problèmes économiques.
C'est
pourquoi nous avons besoin d'une science économique pluraliste et
non d'une théorie qui peut tout expliquer. Nous devons prendre en
compte différentes pespectives
pour répondre à la crise et aux exigences actuelles, le chômage
de masse, la crise de l'euro, le tournant climatique. C'est la seule
façon de décrire correctement lesphénomènes
complexes de l'économie.