Hans Werner Sinn vient de publier un essai dans lequel il défend sa conception de l'économie avec véhémence sous le titre "Der große Irrtum".
Il accuse  ses critiques de n'avoir pas compris l'économie et les économistes qui, selon lui, ne croiraient pas à la perfection de l'économie de marché, mais chercheraient au contraire à corriger ses défauts.sinn-debatte.jpg
Or c'est justement le problème de la science économique aujourd'hui répliquent ses contradicteurs.  Elle s'oriente en permanence sur une image idéale des marchés et considère ainsi l'économie sous un seul angle comme le défend Sinn.
Les étudiants apprennent dés les premières leçons d'économie que le bien être de la population s'accroît quand elle peut s'approvisionner selon ses besoins sur les marchés. C'est la clé de la théorie néo-classique qui imprègne profondément notre compréhension de l'économie.
La comparaison de l'économiste à un médecin illustre bien cette vision unilatérale et problématique du marché.

"L'économiste est l'équivalent du médecin, explique en effet Sinn, il doit savoir lui aussi comment se comporte un corps en bonne santé. Faute de quoi il ne peut ni diagnostiquer la maladie ni la soigner. Un bon médecin n'intervient pas sans raison sur les processus du corps, il le fait uniquement lorsqu'il peut déceler objectivement une anomalie par rapport à la norme et dispose d'une thérapie appropriée en ce domaine."
Les crises sont donc l'exception notent ses contradicteurs. Une maladie agressant un corps sain. Le marché incarnant l'idéal pour la société, est l'équivalent du corps bien portant. "Le médecin-économiste est le sauveur qui sait parfaitement ce dont le malade a besoin. Les causes multiples et complexes de la crise financière et leur interactions sont ainsi ignorées ainsi que les thérapies qui seraient adaptées au mal. On ignore même une critique plus fondamentale encore qui comprend la crise comme le symptôme d'un maladie générale de l'organisme."

Mais quand les économistes comme les médecins prescrivent un seul remède qui n'a pas d'alternative selon eux, on se rend compte combien les conséquences de cet unilatéralisme peuvent être dommageables. Dans les pays du sud par exemple. Les sacrifices de l'austérité que les peuples doivent y subir sont décrits comme les effets secondaires de la pilule indispensable qui doit leur être administrée, en dépit de leur propre volonté.

Selon les économistes adeptes du marché, celui-ci permettrait une répartition optimale des marchandises, chacune trouvant preneur. Ceci, sans que la question de l'écart de plus en plus grand entre les pauvres et les riches ne soit prise en compte. L'efficacité l'emporte sur l'égalité, la justice. L'économie mainstream ne laisse en fait aucun de ses paradigmes être remis en cause par la recherche, les études, elle est devenue partie intégrante d'une certaine vision du monde. Ses promoteurs s'abritent sous le manteau de l'objectivité.

Or il existe d'autre écoles de pensées que la doctrine néoclassique, qui ouvrent d'autres perspectives et s'attaquent par exemple aux questions d'une juste répartition, du rôle du pouvoir dans la société, ou des dynamiques complexes de systèmes. Elles peuvent nous permettre d'aborder plus efficacement la réalité complexe et d'apporter des réponses appropriées aux problèmes économiques.
C'est pourquoi nous avons besoin d'une science économique pluraliste et non d'une théorie qui peut tout expliquer. Nous devons prendre en compte différentes pespectives pour répondre à la crise et aux exigences actuelles, le chômage de masse, la crise de l'euro, le tournant climatique. C'est la seule façon de décrire correctement lesphénomènes complexes de l'économie.