Pas de feu vert au prolongement du nucléaire

L'Allemagne a déclenché le signal alerte en ce qui concerne son alimentation en énergie. Les réserves seraient seulement remplies à hauteur de 60% actuellement. L'invasion de l'Ukraine a sonné le glas de la ressource gaz sibérien exploitée et distribuée de concert par Gazprom', Basf et Siemens. . Le soutien de l'Allemagne y compris sur la question brulante de la livraison d'armes lourdes allemandes est condamné par Moscou comme le "réveil du militarisme allemand" et la fin de la "réconciliation" post deuxième guerre mondiale. Gazprom' ferme petit à petit le robinet, réduit les livraisons, prétextant notamment des retards techniques de la maintenance des systèmes gazoduc Nordstream par Siemens -retard dans la livraison d'un compresseur.

 La menace est lourde pour l'Allemagne tant sur le plan du chauffage des particuliers que de la bonne marche de l'industrie. Les réserves suffiront-elles pour passer l'hiver? Et qu'en sera-t-il en 2023. Si la guerre se prolonge, la Russie ne rouvrira pas le robinet du gaz et l'UE poursuivra le boycott de l'énergie fossile russe. Depuis le début de l'année la consommation de gaz s'est réduite de 14,3% selon la BDEW (fédération de l'énergie électrique et hydraulique). Le gaz est la ressource première pour  l'énergie des particuliers: chauffage, douche, cuisine. Le gouvernement appelle les consommateurs à réduire leur consommation d'energie et Veronika Grimm, économiste, membre du conseil des "sages", revendique même l'attribution de récompenses de bonus aux consommateurs particulièrement économes, note Spiegel on line.

Car le gaz était conçu comme l'énergie de transition en Allemagne, remplaçant l'énergie nucléaire et le charbon jusqu'à la mise en oeuvre des énergies alternatives. Berlin doit donc revoir intégralement sa politique énergétique et rouvrir l'exploitation de centrales au charbon et même au lignite, ce qui est encore pire pour le climat.

A moins de sortir de la "sortie du nucléaire", la politique décidée par Angela Merkel au lendemain de la catastrophe de Fukushima. Il faudrait alors prolonger la durée d'exploitation des réacteurs, comme l'avait d'ailleurs envisagé la chancelière, avant de renoncer définitivement (!) à l'atome en mars 2011. Un choix qui semble impossible pour une coalition gouvernementale dont les écologistes sont membres. Les Verts restent hostiles par définition au nucléaire. Mais ils le sont tout autant à l'égard du charbon, pour ne pas parler de la lignite. Comment résoudre le dilemme?

Seul Habeck -le ministre de l'économie vert- pourrait sauvegarder l'approvisionnement énergétique de l'Allemagne assure le quotidien économique Handelsblatt. Le ministre de l'économie doit persuader ses verts d'approuver le prolongement de l'exploitation des réacteurs. Comme Joschka Fischer, ministre des affaires étrangère vert du gouvernement Schröder les convainquit de soutenir la première intervention militaire allemande d'après guerre au Kosovo, rompant avec le pacifisme.
Mais pour l'instant cela semble relever du voeux pieux. "En dépit des restrictions d'approvisionnement en gaz dues à la guerre de la Russie, le ministre de l'économie, Robert Habeck, comme sa collègue verte, Steffi Lemke se sont prononcés contre le prolongement d'activité des trois centrales nucléaires encore en activité" , en particulier pour des raisons techniques et économiques, rapportait en mars la chaine publique ARD (Tageschau). Les trois centrales qui doivent être déconnectées définitivement le 31 décembre ne fourniraient pas de ressources supplémentaires avant l'automne 2023 après avoir été approvisionnées en nouveau combustible. 

La poursuite d'activité des réacteurs serait conditionnée par ailleurs à une cascade de nouvelles vérifications de sécurité et à la formation de nouveau personnel. La prolongation de vie des centrales ne se justifierait économiquement qu'à partir d'une remise en service jusqu'en 2028 environ. Or Habeck et Lemke estiment que d'autres ressources énergétiques seront disponibles d'ici là, afin de palier à la crise du gaz russe.

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relancer le nucléaire serait inefficace pour remplacer le gaz 

Les exploitants des centrales nucléaires, E.ON, RWE et EnBW, ne sont pas intéressés non plus  par un prolongement de la vie des centrales qui serait improductif pour l'hiver 2022/2023. Le plus urgent. L'arrêt du nucléaire ayant été décidé il y a plus de dix ans, ils n'ont plus de combustible en réserve et devraient en acquérir de nouveau auprès du principal fournisseur, la Russie ! Le impératifs de sécurité des centrales devraient également être allégés pour assurer la continuité d'exploitation au delà du 31 décembre. Ce qui ne serait pas sans risques.et ce dont personne ne veut assure Habeck.

Le ministre de l'économie assure en même temps que le refus de prolongement des centrales n'est pas un "tabou" et ne tient pas à des arguments idéologiques. Son ministère en a bien examiné les possibilités en détails. Mais aucun des acteurs de la commission énergie du parlement n'ont tiré de ces déclarations la conclusion que le ministère de l'énergie envisageait le prolongement de vie des centrales. 

Les spéculations sur le retour de l'Allemagne au nucléaire, Verts y compris, relevaient de la précipitation ou de la mésinterprétations des déclarations du ministre de l'économie, annonçant lors de son intervention à la télévision le 27 mars (ARD), qu'il examinait sans tabou la prolongation d'activité des réacteurs. Une éventualité rejetée par leurs exploitants y compris. Pas de feu vert au retour du nucléaire. 

Michel Verrier

Author: Michel Verrier

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