Après la Russie, la Chine ? Les révélations récentes des données du gouvernement chinois par plusieurs médias, dont l’hebdomadaire des Spiegel ,détaillant la politique de répression des Ouighours ont jeté un froid en Allemagne. Surveillance de tout un peuple, tortures et concentration en camps d’enfermement. 
L’économie allemande qui a multiplié au cours des dernières décennies, sous la houlette de l’ex chancelière Angela Merkel, ses liens économiques avec Pékin se retrouve à nouveau dans l’impasse. Comment justifier un tel partenariat économique avec une telle dictature? Après Moscou et l’invasion de l’Ukraine, Pékin et l’oppression des Ouighours réduisent à néant le slogan phare de la politique internationale allemande « Wandel durch Handel »…le changement, l’intégration par les échanges, l’économie.  

A l’inverse pourrait-on dire, la normalisation des liens économiques avec les dictatures renforce leur assurance, dans le non respect des droits de l’homme et des peuples.  La Russie mais également la Chine se sont développées ouvertement comme des dictatures, c’est une évidence pour Anton Hofreiter président du groupe parlementaire des « Grünen » au Bundestag jusqu’en 2021. L’Allemagne doit par conséquent mettre en cause sont modèle économique car son bien être repose actuellement "sur l’achat de matières premières à bas prix dans une dictature, la Russie, pour produire des biens en Allemagne qui sont ensuite revendus dans une autre dictature, la Chine".
Cela doit cesser selon lui, quel qu’en soit le prix. L’Allemagne devra dorénavant travailler plus étroitement avec les USA, selon le dirigeant Vert.

Mais un nouveau changement d’ère économique avec la Chine cette fois, constituerait un second tremblement de terre pour l’économie allemande. A Pékin, le « Zeitenwende » (changement d’époque), tournant à 180° affiché par le chancelier Scholz à l’égard de Moscou a bien été enregistré. Il ouvre de multiples interrogations sur l’avenir de la politique Chine-Allemagne. A l’heure ou les constructeurs automobiles allemands comptent exporter 5,5 millions de véhicules en Chine.

Le chancelier Scholz a d’ailleurs entamé son mandat percuté par l’invasion de l’Ukraine, par un voyage à Tokyo, et non à Pékin ! Un signe marquant d’amitié et de partenariat avec le Japon, et de méfiance à l’égard de la Chine, solidaire du Kremlin. « Ce n’est pas par hasard que mon premier voyage dans le région en tant que chancelier fédéral me mène à Tokyo », a souligné Scholz.

Ses prédécesseurs à la chancellerie,  Gerhard Schröder et Angela Merkel, avaient d’abord rendu visite à la Chine en tout premier. Tokyo venait après. Et encore. Merkel se rendait pratiquement chaque année à Pékin rencontrer les dirigeants chinois que Scholz a ouvertement évité. Il était pourtant censé partager depuis longtemps la politique de Merkel à l’égard de la Chine. Placer les échanges  et l’économie au centre du partenariat pour évoquer la question des droits de l’homme, seulement en sourdine.

Scholz avait corrigé cette impression cependant des sa déclaration gouvernementale de décembre dernier soulignant que les dirigeants chinois défendent en toute conscience leurs intérêts propre , l’Allemagne et l’Europe ont toutes les raisons de défendre leurs intérêts avec autant de constance et d’engagement. L’Allemagne doit donc engager sa politique à l’égard de la Chine telle qu’elle est réellement, selon lui. Un tournant à l’égard de la politique rêvée d’intégration de la Chine par les échanges commerciaux que cultivaient les précédents gouvernements fédéraux, estimant que Pékin se convertirait tôt ou tard aux valeurs occidentales, si Berlin lui vendait suffisamment d’automobiles.

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poignée de mai Scholz Xi Jinping...en 2017 à Hambourg.

Le gros problème est que la dépendance de l’Europe et avant tout de l’Allemagne est immense à l’égard de la Chine. Pékin était en 2021 pour la sixième fois le premier partenaire commercial de Berlin. L’Allemagne a exporté 103 milliards d’euros de biens en Chine.  

S’en détacher, au profit de l’Europe et des USA comme le propose Hofreiter risque de coûter très cher.