Pourquoi Bruxelles rejette la taxe autoroutière allemande


Tous les automobilistes devraient l'acquitter. Elle devrait rapporter 3,7 milliards d'euros aux finances publiques. Mais afin de ne pas charger inconsidérément les Allemands qui acquittent déjà un impôt (Kfz Steuer) pour circuler avec leur véhicule, la taxe autoroutière en serait déduite, réduisant ainsi le montant de l'impôt qu'ils acquittent annuellement. Cette déduction est estimée au total à 3 milliards d'euros. Le bénéfice de la taxe autoroutière serait donc finalement de 700 millions d'euros seulement pour les fonds publics, pour l'entretien des infrastructures et des autoroutes. Verkehrsschild-Maut.jpg

C'est exactement ce calcul qui fait dire à Bruxelles que le projet de taxe autoroutière contrevient aux règles de l'Union européenne parce qu'elle crée une « discrimination indirecte » et s'appliquerait en fait aux seuls automobilistes étrangers -qui ne la récupéreront pas eux, à la différence des Allemands.

La commissaire Bulc critique également le montant de la taxe autoroutière, soit 22 euros pour deux mois, 10 euros pour dix jours, 130 euros pour un an.

La taxe autoroutière est à l'origine une « trouvaille » de la CSU bavaroise, pour animer sa campagne électorale, lors des élections régionales de septembre 2013. Elle visait en effet à faire payer les automobilistes étrangers qui profitent des autoroutes allemands sans rien payer alors que les Allemands qui partent en voyage en France par exemple, doivent acquitter les péages sur les autoroutes. Un argument qui faisait mouche, approuvé selon les sondages et la CSU par 88 % des électeurs.

Rejetée par la CDU d'Angela Merkel -entre autres parce qu'elle était contraire aux règles en vigueur dans l'UE- elle a finalement été intégrée dans la plate-forme du gouvernement Merkel CDU/CSU/SPD après son extension à l'ensemble des automobilistes, et la réduction du Kfz Steuer pour les Allemands.

Le ministre Alexander Dobrindt assure que le rejet de Violeta Bulc relève de la précipitation, de l'incompétence sans avoir en main la dernière version de son projet qu'il compte bien faire adopter au gouvernement. La commissaire Bulc assure de son côté que le courrier critiquant le projet était une lettre « personnelle » adressée à Dobrindt.

Le député vert allemand Michael Cramer qui préside la commission infrastructures et transports à Bruxelles soupçonne Berlin d'avoir communiqué la lettre de Bruxelles au quotidien populaire Bild qui l'a rendue publique en premier. « La stratégie de la CSU est limpide, confie-t-il au quotidien Tagesspiegel, elle pourra dire plus tard qu'elle a tout fait pour faire adopter la taxe autoroutière, mais que la « mauvaise » UE l'en a empêché ».

Michel Verrier

Author: Michel Verrier

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Commentaires (0)

Soyez le premier à réagir sur cet article

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Aucune annexe



À voir également

Annalena_Baerbock.jpg

L'Allemagne en quête de politique sécuritaire

L’inspecteur général des forces armées, Alfons Mais, l’a reconnu sans fard : devant l’agression russe l’Allemagne est militairement désarmée. Analenna Baerbock, ministre des affaires étrangères pose les balises d'une nouvelle stratégie

Lire la suite

Annalena_Baerbock.jpg

Première visite de la ministre des Affaires étrangères allemande à Paris

« Que peut-il y avoir de mieux pour une ministre des affaires étrangères qu’être à Paris dés le premier matin de son mandat » a souligné, Annalena Baerbock (Verts) (...)« L’Europe est le pivot de la politique étrangère allemande ». Mais question nucléaire Berlin refuse toujours l'étiquette  "énergie verte" revendiquée par Paris

Lire la suite