Tous ceux qui le pouvaient continuaient leurs affaires avec la Russie, le conflit à l'est de l'Europe n'était que « turbulences » de conjoncture. Jusqu'à ces derniers jours, le groupe chimique Basf par exemple -et sa filiale Wintershall- semblait encore décidé à concrétiser le deal conclu avec Gazprom', son partenaire stratégique.BasfGazpr.jpg Le commerce du gaz et son stockage devait être confié au groupe russe avec lequel Basf est étroitement associé, de l'exploitation des gisements de Sibérie au transport directement en Allemagne par le Gazoduc sous marin North Stream, construit de concert par les deux groupes. En échange, Wintershall-Basf aurait accru sa part dans les activités de Gazprom' en Sibérie.

Le réservoir souterrain de gaz de Rehden en Basse-Saxe, le plus important en Europe, serait ainsi devenu propriété de Gazprom. Il concentre à lui seul un cinquième des réserves de l'Allemagne. Le monopole d'état aurait ainsi pris en main une part centrale de l'infrastructure énergétique en Allemagne. Celle-ci dépendant déjà de la Russie pour 40 % de son approvisionnement.

Mais la transaction a finalement été stoppée peu avant sa conclusion. La situation « politique actuelle difficile » en serait la raison. C'est une bonne nouvelle pour la sécurité de l'approvisionnement en gaz. « Rien ne s'oppose à la poursuite de solides relations commerciales avec Gasprom' remarque le Berliner Zeitung. Mais il ne s'agit pas pour autant de devenir totalement dépendant du groupe pour autant.

Celui-ci a souligné cette semaine de son côté qu'il n'attachait plus autant d'importance au marché européen pour ses exportations. Moscou a suspendu ainsi début décembre la construction du projet de gazoduc South Stream destiné à l'approvisionnement de l'Europe centrale. La commission européenne s'opposait à ce que Gazprom' soit à la fois le fournisseur du gaz et le gestionnaire du gazoduc.

La décision de Gazprom' touche directement en Allemagne le groupe sidérurgique Salzgitter qui devait livrer les tuyaux du gazoduc. Mais Poutine a déclaré que si l'Europe ne voulait pas de South Stream il ne serait pas construit. La Turquie serait candidate par contre à de nouvelles liaisons gazières avec Moscou et Poutine cherche en particulier sur le marché chinois de nouveaux débouchés afin de réduire sa dépendance des clients européens de la Russie.

Pour le gouvernement Merkel les relations Basf/Gazprom' relèvent uniquement des deux entreprises. C'est se rendre la partie trop facile. La crise en Ukraine devrait être l'occasion pour les états de l'UE de revoir leur politique d'approvisionnement énergétique. La devise devrait être : plus d'indépendance à l'égard des Cheikh et des Tzars.

Certaines choses sont trop importantes pour être laissées à la seule initiative du marché.