A Berlin les petites pierres du souvenir « Stolpersteine » « pierres d'achoppement », se multiplient, sur les trottoirs, à l'entrée de bâtiments ou vivaient des Berlinois juifs sous le Reich nazi. Elles portent leurs noms, leur date de naissance le nom du camp ou ils furent exterminés, gravés à la main. Une initiative contestée. « D'une certaine façon ils sont revenus dans la maison ». Klaus Schäfer dont les propos sont rapportés par le "Berliner Zeitung" parle de Paul Simon, dentiste, déporté et tué le 10 août 1948 à Theresienstadt et de sa femme morte à Auschwitz. Il a commandé deux pierres du souvenir à leur nom et espèrent qu'elles seront bientôt là. Sa commande est sur la liste d'attente.

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Stolpersteine

Klaus Schäfer, architecte, a entamé ses recherches il y a trois ans afin de savoir si des juifs avaient vécu dans son immeuble sous le Reich. Il a découvert ainsi l'existence du couple Simon. Il se demande aujourd'hui quel genre d'homme était donc le dentiste Paul, s'il aimait son travail, et s'il s'était douté qu'il n'échapperait pas au camp de concentration auquel les nazis l'avaient condamné. 400 pierres sont produites chaque mois par Gunter Demming, 67 ans. Il les installe en une quinzaine de minutes.

A chaque fois, un petit attroupement l'accueille, devant chaque immeuble concerné et des participants racontent l'histoire de ceux dont ils honorent la mémoire. Il a commencé son action il y a vingt ans et vient à Berlin trois quatre fois par an. Il y installe plus de 300 pierres annuellement, et la liste d'attente ne cesse de s'allonger. Berlin est la ville ou la demande est la plus forte.

A l'inverse Münich, la capitale de la Bavière, la municipalité a interdit l'installation des pierres du souvenir sur l'espace public. La communauté juive münichoise s'y oppose également car avec les pierres du souvenir les victimes de l'époque sont à nouveau piétinées estime sa présidente, Charlotte Knobloch.

A Berlin une « initiative anti-pierre du souvenir » s'est constituée il y a deux ans. Elle expédie des mails injurieux. Petra Frisch qui a participé à l'installation de 60 pierres à Berlin Friedenau, son quartier, se fait traiter de « sale amie des juifs, et menacer : « tu ferais peut être mieux de regarder derrière toi quand tu reviens de la caisse d'épargne sur ton vélo. Des pierres du souvenir ont été peintes en noir. « Nous ne cesserons pas de détruire vos symboles, qui violent l'image de Friedenau. »

La force du projet Stolpersteine, est qu'il n'est pas une institution », estime Petra Frisch. Des associations, des initiatives citoyennes, des paroisses, relaient ceux qui décident d'installer une pierre devant leur immeuble, les aident dans leurs recherches, dans les différentes circonscriptions berlinoises. Klaus Schäfer a commencé pa envoyer un mail à l'adresse web de l'office Stolpersteine de Berlin Tempelhof-Schöneberg. Il a reçu deux heures plus tard les noms des époux Simon, extraits des archives fédérales qui recensent dans un livre mémoire, les dernières adresses de 170000 juifs. Il a entamé alors ses recherches dans les archives.

La pierre du souvenir est la partie visible du projet. Pour ranimer le souvenir des victimes il faut fouiller les archives de Potsdam à Yad Washem à Jérusalem, les actes d'indemnisation, les registre de décès des camps de concentration. Il y a un an et demi Klaus Schäfer a ouvert le coeur battant une lettre de New York qui lui était adressée par la nièce de Paul Simon, âgée de 90 ans. Il lui a répondu en l'invitant à venir à Berlin. Une invitation restée sans réponse depuis.

Aujourd'hui à Berlin-Schöneberg comme à Berlin-Mitte, le temps d'attente pour l'installation d'une pierre est des trois ans. Si les listes s'allongent encore et le temps d'attente aussi « on pourra dire que le projet est devenu victime de son propre succès ».