. « Merkel est la voix de la morale par excellence, pas seulement en Europe, mais dans le monde entier » a déclaré Ban lors de leur conférence de presse commune, rapporte le Süddeutsche Zeitung. La chancelière sait conjuguer « l'empathie la passion et l'esprit de décision, elle a toujours répété que l'on ne peut pas tourner le dos aux gens qui sont dans la détresse. »

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Angela Merkel et Ban Ki Moon, mar. 2016

Le secrétaire général de l'ONU a regretté par contre, sans nommer personne, que nombre de pays aient trouvé plus simple de renforcer au contraire leurs lois sur l'immigration et que nombre de gouvernement de l'UE soient dirigés par des partis nationalistes. Les groupes d'extrême droite sont en train de diviser l'Europe selon lui et « nous devons ouvrir le dialogue pour contrer cette polarisation a déclaré Ban. » « La crise des réfugiés a transformé Merkel d'une chancelière sans projet et sans convictions précise en véritable homme d'état », estime de son côté l'éditorialiste du Süddeutsche Zeitung, Heriber Prantl . « Pendant dix ans on lui a reproché de n'avoir aucun principe établi, ce qui faisait son succès. C'est méchant mais pas totalement faux. »

L'exemple de sa politique de l'énergie et de l'abandon du nucléaire a lendemain de Fukushima, alors qu'elle avait milité pour la prolongation de la durée de vie des centrales est parlant de ce point de vue. Ses convictions de commande dépendaient des sondages. Depuis la crise des réfugiés c'est exactement le contraire. Les Allemands et les européens découvrent une chancelière qui a rejeté tout opportunisme et fait face jusqu'ici à toutes les assauts de la critique. Des plateaux de TV au congrès de la CSU, en passant par Bruxelle elle se transforme d'une professionnelle de la politique quotidienne en la première "femme d'état" allemande, selon l'éditorialiste.

« La crise des réfugiés en effet est le principal problème de ce début du 21è siècle. Les solutions qu'elle refuse telles que l'établissement des quota de demandeurs d'asile réclamés par la CSU ne sont que des solutions simplistes, prisées par l'électorat mais dont les conséquences seraient catastrophiques. » « Le chef de la CSU, Seehofer, faute d'obtenir de la chancelière ce qu'il réclame, assure maintenant que Merkel a finalement cédé à ses pressions et changé de politique, ce qui est faux. Elle a certes durcit comme jamais auparavant les lois de l'immigration. Mais ce n'est pas un tournant, mais la suite de la politique législative en oeuvre depuis des années. »

La chancelière, poursuit le Süddeutsche Zeitung, sent bien les remous et les craintes que provoque sa politique dans son parti et en Europe. Les autres gouvernements européens ne veulent pas entendre parler de politique de solidarité des réfugiés et cherchent refuge dans un nationalisme d'autrefois. « Mais Merkel reste ferme et ne veut pas se rendre moyennant des solutions simplistes. Elle négocie avec la Turquie, dont le régime est de plus en plus répressif. » L'Europe doit certes condamner les atteintes aux droits de l'homme du régime d'Erdogan. Mais Ankara accueille trois fois plus de réfugiés qu'une Europe treize fois grande que la Turquie. L'Europe doit aussi accueillir des demandeurs d'asile venus de Turquie, selon l'éditorialiste du SZ.

Certains envisagent déjà la succession de Merkel à la chancellerie. C'est trop tôt. « Merkel n'a pas encore perdu, selon Heribert Prantl. Et c'est l'Europe entière qui perdrait si elle était défaite ». Elle a certes fait des erreurs telles que son attitude honteuse à l'égard des pays du sud et de la Grèce, avant la crise des réfugiés, poursuit-il. Son "nous allons y arriver" "Wir Schaffen das" à propos de l'accueil d'un million de demandeurs d'asile est passé pour un "nous" de majesté dans les pays voisins, pas pour un nous collectif les incluant. Mais en même temps sa politique est foncièrement la bonne.

L'Europe doit négocier de concert avec Ankara et défendre en même temps les droits de l'homme. Une Europe qui déroule ses barbelés et ferme l'accès à son territoire comme l'ont fait la Hongrie puis l'Autriche se déchire elle même. L'Europe doit rester ouverte en son sein et ne pas fortifier ses frontières vers le monde. Plus une civilisation s'entoure de murs et moins elle a de valeurs à défendre.

L'éloge renouvelé des frontières est le requiem de l'Europe.