Si les relations sont « tendues » officiellement entre les deux pays, aucun autre pays européen n'envoie tant de délégations à Moscou que l'Allemagne. Horst Seehofer, leader bavarois de la démocratie chrétienne est allé rendre visite à Poutine, afin de se démarquer de la chancelière. Bodo Ramelow, ministre-président de Thuringe (die Linke) a fait la voyage de Moscou accompagné d'une délégation de 40 personnes. Le ministre président de Saxe-Anhalt, Reiner Haseloff (CDU), s'est prononcé lui pour la fin des sanctions de l'UE à l'égard de la Russie, lors de sa rencontre avec l'ambassadeur russe à Berlin.

A cela s'ajoutent des voyages qui reçoivent peu de publicité, mais qui démontrent que les Allemands travaillent à la normalisation des relations entre les deux pays, en dépit de la guerre en Ukraine, poursuit le quotidien berlinois. Une solide délégation de députés du Bundestag est allé participer à la Douma à une initiative du « Forum russe-allemand » sur la difficulté des relations est-ouest. Afin de débattre des mesures susceptibles de « réinstaurer la confiance ».

Ils ont été reçu tout le temps nécessaire par Sergej Naryschkin, le président du parlement. Une telle rencontre ne pourrait avoir lieu en Allemagne, Naryschkin dernier étant interdit de voyage au sein de l'UE, pour « avoir soutenu l'intervention des troupes russes en Ukraine et l'annexion de la Crimée. »

Quelques jours plus tard, Poutine recevait en personne une délégation du monde de l'entreprise, dont le nouveau président de la commission économique est-ouest, Wolfgang Büchele, président du groupe Linde.

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Wolfgang Büchele s'incline devant Poutine. Tagesspiegel. avr. 2016

Poutine ne reçoit d'habitude que des chefs de gouvernement ou d'états, mais il a fait exception pour ceux qui ont toujours « œuvré pour l'approfondissement des liens commerciaux et économiques entre la Russie et l'Allemagne ».

Des représentants du « Petersburger Dialog », l'organisme mis en place par Poutine et Schröder et qui réunit la crème des responsables des entreprises, de la politique et de l'administration des deux pays se sont enfin retrouvés récemment à Sotschi, pour affirmer leur recherche commune d'un partenariat stratégique et d'un pragmatisme salutaire.

La précédente rencontre en octobre, à Potsdam, s'était interrompue sur un éclat à propos du rôle de Moscou en Ukraine, mis en cause par des représentants Allemands. Que la Russie tienne malgré tout à la continuité du dialogue démontre à quel point elle tient à son lien avec l'Allemagne souligne le Tagesspiegel. Le « Petersburger Dialog » doit se réunir à nouveau en juillet à Saint Petersbourg. Les Allemands insistent sur l'ouverture croissante de celui-ci à la société civile et ont nommé Ralf Fücks, intellectuel proche des Verts, à la tête de la commission « modernisation écologique ». Les Russes ont désigné quant à eux le secrétaire de Greenpeace Russie.

On évoque à Moscou un rapprochement entre Russes et Allemands. Même s'il n'est pas encore évident de savoir "qui se rapproche de qui", commente « Kommersant ». Personne n'a parlé à Sotschi d'annexion à propos du différent sur la Crimée. Mais lors de la prochaine rencontre à Petersbourg certains participants allemands comptent mettre les choses au clair. « Nous soutiendront les acteurs qui sont soumis aux pressions du pouvoir en Russie, affirme Stefanie Schiffer, du groupe « échanges européens » ».