Merkel vient de répondre aux critiques et menaces et aux reproches de Seehofer concernant sa politique à l'égard des réfugiés par lettre, trois mois après avoir reçu le courrier du président bavarois et l'avoir fait attendre ostensiblement, rapporte le Süddeutsche zeitung. Alors que les deux partis constitue le groupe parlementaire de l'Union chrétienne au Bundestag, et sont alliés au sein de la coalition gouvernementale au pouvoir à Berlin.

Mais Seehofer affiche ouvertement son soutien au président hongrois, Viktor Orban -auquel Helmut Kohl lui même vient de rendre une visite amicale- en ce qui concerne la politique des réfugiés. Il menaçait au contraire la chancelière d'une plainte auprès de la cours constitutionnelle dans la lettre qu'il lui a adressée, pour « avoir tourné le dos aux lois en vigueur et n'avoir pas entrepris de limiter l'afflux des réfugiés aux frontières de l'Allemagne ».

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Gabriel (SPD) Merkel (CDU) Seehofer (CSU)

Il se fait en quelque sorte le porte-parole d'Orban pour faire le procès de la politique de Merkel devant la plus haute instance juridique allemande. Rien que ça. Il avait même accompagné sa lettre à Merkel de l'avis circonstancié de l'expert Udo di Fabio, ex- juge du tribunal constitutionnel. Dans sa réponse - les deux lettres ne sont pas publiques mais le Süddeutsche Zeitung en révèle contenu-, la chancelière rejette les deux accusations de son allié bavarois. Elle en profite pour faire une nouvelle fois la promotion de sa politique des réfugiés. 

Le gouvernement allemand -dont la CSU est partie prenante soulignons le à nouveau- suit une politique « durable » de résolution de la crise des réfugiés, selon elle. Une réponse qui pourrait viser également Manuel Valls le premier ministre français qui avait profité de sa visite à Münich lors de la conférence annuelle sur la sécurité pour condamner sur ce point justement la politique de Merkel.

Ce qui implique poursuit la lettre de la chancelière que « le nombre des réfugiés accueillis en Europe doit être réduit, mais que l'Europe doit en même temps se conformer à ses principes humanitaires d'accueil ». Merkel renvoie également à la nécessité de mieux combattre les causes premières de l'afflux des réfugiés, qui sont extérieures aux frontières de l'Europe.

Et elle fait référence aux accords passés avec la Turquie le 18 mars, qui doivent mettre fin au trafic criminels des réfugiés par les passeurs de la mer Égée, et réduire le flux de migrants « illégaux », qui ne relèvent pas du droit d'asile vers l'Europe. Des accords qui lui valent en Allemagne même des critiques acerbes. On l'accuse de se courber devant Erdogan. Particulièrement dans l'affaire des vidéos qui ridiculisent le président turc et contre lesquelles celui-ci a porté plainte (voir sur mon blog: Erdogan Böhmermann, affaire d'état pour un clip).

La chancelière évoque enfin les efforts de son gouvernement pour réformer le droit d'asile européen, afin que l'Europe réponde à la crise unie et solidaire . Ce qui pour l'instant ressemble à un vœux pieux, notons le.

Merkel n'évoque que vaguement dans son courrier à Seehofer la menace de plainte constitutionnelle de son partenaire bavarois, en soulignant que tant le droit européen que le droit national laissent place à des choix politiques qui semblent les mieux appropriés pour atteindre les objectifs visés en ce qui concerne les réfugiés.

La politique de son gouvernement n'est pas strictement limité, selon elle, à la mise en œuvre de lois intangibles. Merkel conclu sa lettre en félicitant la Bavière de la détermination et des capacités dont elle a fait preuve dans l'accueil des migrants, une pointe contre  Seehofer au passage. Car cette politique doit aussi beaucoup à l'engagement sur place des adversaires de la CSU, le SPD et les Verts, dominants à Münich notamment, et à la mobilisation citoyenne, spontanée.

La polémique ne va pas prendre fin. Seehofer n'a pas à se soucier comme la chancelière de l'unité de l'Europe et d'une politique des réfugiés soutenable, souligne le Süddeutsche Zeitung. Il lui suffit que ses attaques contre la politique de Merkel remportent l'assentiment de son électorat, ce qui est le cas si l'on en croit les sondages. « Nous envisageons toujours le dépôt d'une plainte devant la cours constitutionnelle, assène Marcel Huber chef de la chancellerie bavaroise, suite la l'examen de la lettre de Merkel par le cabinet du président Seehofer. »