La mort d' al-Bakr qui s'est étranglé avec son T-shirt, mercredi 12 octobre dans sa cellule de la prison de Leipzig pose nombre de questions. Avait-il réellement affirmé son intention de commettre un attentat. Avait-il des complices, une cellule de terroristes, ou bien agissait-il seul? Avait-il reçu l'ordre de commettre un attentat à l'explosif en Allemagne. Al Bakr était-il un terroriste de l'Ei, probablement formé en Syrie. Autant de questions qui restent pour l'instant sans réponses.

Le ministre président de Saxe, Stanislaw Tillich (CDU) a reconnu des erreurs dans la procédure mise en oeuvre à l'égard d'al Bakr tout en refusant d'en tirer toute conséquence en terme de démission en ce qui le concerne comme en ce qui concerne ses ministres de l'intérieur et de la justice. Selon l'hebdomadaire die Zeit le suicide d'al Bakr aurait pu être évité si la prison avait disposé d'interpètes en nombre suffisant.. Al Bakr avait été confronté le 10 octobre dés son arrestation à une juge. Elle avait décelé un danger de suicide chez le prévenu. Celui-ci l'avait prévenu qu'il ferait la grève de la faim.  Mais aucune discussion approfondie ne put être conduite avec lui après son emprisonnement, selon le directeur de la prison, car il ne parlait pas suffisamment allemand et aucun interprète n'était plus disponible.

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Prison de Leipzig. oct. 2016

Pour tenir compte de la mise en garde de la juge, al Bakr fut contrôlé toutes les 15 minutes. Mais faute de "danger de suicide immédiat", il ne fut pas placé dans une cellule de sécurité. Qui plus est, d'habitude, les prisonniers à tendance suicidaire sont au moins placé dans une cellule avec d'autres détenus, afin qu'ils ne soient pas laissés seuls. Mais c'était impossible dans son cas, car le risque qu'il soit attaqué par les autres détenus était trop important.

Une psychologue s'entretint mardi avec al Bakr par l'intermédiaire d'un interprète et jugea qu'il ne présentait pas de risque de suicide immédiat. Le rythme des contrôle fut porté à 30 minutes. Dans la nuit de mardi à mercredi, al Bakr déclara la lampe de sa cellule défaillante, les gardiens remarquèrent que la prise de courant avait été manipulée et désactivée, un acte de vandalisme courant chez les nouveaux détenus. Mais faute d'interprète aucun nouvel entretien avec al Bakr ne put être conduit. Al Bakr se conduisit comme un prisonnier apaisé. Mercredi 12 octobre le dernier contrôle eut lieu à 19h30. Une auxiliaire de justice en formation suivit son impulsion et contrôla le prisonner 1/4 d'heures plus tard. Il était trop tard.  A 20h15 le médecin des urgences constata son décès.

Pas de suirveillance constante, pas d'interprète et de présence dans sa cellule. comment expliquer cela? L'Imam des prison Husamuddin Meyer de Wiesbaden a critiqué aussitôt auprès du Bild Zeitung le comportement des autorités de Leipzig. "Je ne comprends pas pourquoi il a été confronté si tard à un interprète. Il aurait fallu dés le départ s'inquiéter d'un intermédiare "culturel". J'ai fait déjà moulte fois l'expérience de ce que les psychologues n'accordent pas al'importance indispensable aux et aux habitudes de pensées comportement qui ont fond culturel".

La panne de traducteur n'est pas le seul reproche qui peut être fait aux autorités saxonnes. La psychologue pénitencière qui estima qu'al Bakr n'affichait pas de tencance suicidaire n'avait aucune expérience des terroristes.  

Selon les enquêteurs de la police Jaber al Bakr disposait de contacts avec l'état islamique. Les service de sécurité avaient reçu des services secrets américains des informations sur un projet d'attentat au cours de ces dernières semaines, rapporte le quotidien die Welt. Ils surveillaient les communications du syrien et auraient enregistré plusieurs conversations d'al Bakr, notamment avec des contacts de l'Ei en Syrie. Le réfugié avait fait un compte détaillé de la préparation des explosifs et des objectifs de l'attentat. Deux kilos d'explosifs étaient prêts et il préférait viser un gros aéroport berlinois plutôt qu'un train. Selon les services de sécurité al Bakr aurait donc séjourné à Berlin et fait des repérages à l'aéroport de Berlin Tegel . Il aurait également rencontré un contact dans la capitale allemande. Jaber al Bakr aurait alors entrepris de préparer l'attentat.

La police et les forces spéciales ont entamé alors la chasse à l'homme diffusant notamment des photos du terroriste, qui échappera à un commando des forces spéciales à Chemnitz et se réfugiera à Leipzig. Au cours de la perquisition du domicile qu'il partageait avec Chalil.A, le 8 octobre, 1,5 kilo d'explosif sont découverts par la police.

Chalil.A le co-locataire de Jaber al Bakr recevait lui régulièrement d'importantes sommes d'argent. Il aurait ainsi selon l'hebdomadaire Stern viré 2250 euros sur le compte d'al Bakr. Ces fonds provenaient probablement de l'EI. Al Bakr aurait attendu quant à lui l'arrivée d'un troisième homme. Tous ces éléments indiqueraient qu'al Bakr n'était pas un terroriste isolé selon le quotidien Bild Zeitung.

Arrivé à Leipzig, al Bakr avait réussi à convaincre des migrants venus de Syrie de le recueillir. Mais ce sont eux qui le livreront finalement aux policiers. Sami.M, Mohamed.A et Ahmed.E, les "trois héros de Leipzig", ainsi qu'on les célèbre, disent s'être sentis menacés par le terroriste auquel ils avaient donné abri rapporte der Spiegel on line. "Il voulait aussi nous tuer". Les trois hommes se sont confié pendant des heures dans un lieu tenu "secret" avec une équipe de l'hebdomadaire hambourgeois. Par crainte des islamistes résident éventuellement à Leipzig, ils se sont réfugiés chez des amis, dans une autre grande ville allemande et ne veulent en aucun cas retourner dans la "capitale économique" saxonne.

"Nous ne nous sentons pas en sécurité là-bas, assure Ahmed.E", marié, père de trois enfants qui vivent encore en Syrie avec son épouse. Il ne veut pas révéler son vrai nom par crainte d'actes de revanche de l'organisation "état islamique". Il rejette les accusations relayées notamment par l'extrême droite selon lesquelles les trois hommes seraient en fait des complice du terroriste. "Nous n'avons jamais rien eu à faire avec lui dans notre vie", explique Ahmed.E. Les trois hommes sont originaires de la même ville en Syrie et sont venus en Allemagne en passant par la Turquie, la Grèce et les Balkans.

Selon eux al Bakr leur a fait pitié lorsqu'il leur a demandé de l'aide, ses vêtements étaient sales, ses cheveux décoiffés. "J'avais de la peine pour lui", explique Sami.M au Spiegel. C'est après l'avoir accueilli chez eux qu'ils ont pris connaissance des photos diffusées par la police qui recherchait le terroriste. Ils ont alors maîtrisé al Bakr pour le livrer à la police. Alaa Albakr, le frère aîné du terroriste présumé qui vit près de Damas a confié au Spiegel que "Jaber s'est radicalisé seulement après sa fuite de Syrie en Allemagne. Un imam de Berlin lui aurait "lavé le cerveau". Mais les services de sécurité n'ont jusqu'à présent aucun indice précis concernant un ou des imams qui auraient pu jouer un rôle dans le cas d'al Bakr.

Un de ses colocataires en Saxe a confié à la chaine MDR qu'al Bakr avait l'air très frustré en Allemagne. Il était devenu très arrogant, ambitieux, et voulait étudier, mais n'arrivait pas à maitriser l'Allemand. Selon son frère al Bakr aurait voyagé endant deux ans avant d'arriver en Allemagne. Après avoir rejoint le Liban en toute légalité, il serait allé en Algérie; puis en Tunisie et en Lybie ou il aurait pris un bateau pour l'Italie, ou il est arrivé au cours de l'hiver 2015. En juin 2015 sa demande d'asile avait été acceptée.

L'exemple des trois héros de Leipzig, ne désarme pas pour autant la droite de la droite qui fait feu de tout bois sur la politique d'accueil des réfugiés syiens de la chancelière Angela Merkel. "Liberté de circulation pour les terroristes", l'ex-députée Vera Lengsfeld, épingle l'honneur rendu aux "trois héros de Leipzig" par les médias dans son blog et utilise le droit d'asile accordé à al Bakr. "C'est le véritable scandale. Un réfugié syrien retourne dans son pays ou il est soi-disant poursuivi et peut revenir en Allemagne sans papiers. Cela n'intéresse en rien les médias "critiques".Alors que cela signifie rien de moins que les terroristes bénéficient de la libre circulation en Allemagne. Il fallait que ce soient les Américains qui attirent notre attention sur al Bakr." "Mais combien de terroristes sont déjà parmis nous et se déplacent librement. Nous n'en savons rien. Depuis la mort de Jaber al Bakr il y en a au moins un de plus que nous devons craindre. Son frère qui accuse la police allemande de l'avoir tué et déclare": "ma réaction en tant qu'Arabe sera de le venger".