Des enfants furent abusés pendant des dizaines d'années dans la secte Colonia Dignitad établie au Chili sous la houlette de l'allemand Paul Schäfer. "Une honte pour la diplomatie allemande, selon le ministre social démocrate des affaires étrangères, Franck-Walter Steinmeier qui est longuement revenu sur ce drame, à la sortie du film lors de sa projection au ministère.

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Colonia Dignitad, le film, nov. 2016

Au cours des années soixante-dix et quatre-vingt les diplomates allemands ont détourné la tête sans protéger leurs compatriotes au sein de cette communauté, comme ils l'auraient dû, expliquait le ministre. ""Et plus tard le ministère des affaires étrangères n'a pas eu le courage nécessaire pour faire toute la clarté sur la Colonia Dignitad lorsqu'elle fut dissoute, évitant ainsi de reconnaître sa propre responsabilité et d'en tirer les enseignements".

La Colonie fut fondée au début des années soixante, dans un cadre idyllique, par un groupe d'Allemands issu d'une "église indépendante" . Elle était dirigée par Paul Schäfer, un "prédicateur" était poursuivi en Allemagne pour abus d'enfants. Ce que l'on aurait dû savoir, au minimum. On lui reprocha très tôt et même après sa fuite au Chili, la séquestration de mineurs, les abus sexuels d'enfants et les traitements médicaux contraints et forcés.

Le vieux nazi, pédophile, était originaire des environs de Cologne, il avait rassemblé en tant que prédicateur du dimanche une communauté de 250 personnes autour de lui. Il constitua aux abords des Andes son propre Reich. Seules cinq personnes parviendront à s'en échapper en quarante ans.

L'expansion de la colonie date de 1973 sous la dictature militaire du général Pinochet. Colonia Dignidad bénéficiait des faveurs du régime. Elle lui procurait des armes et laissa les services secrets de la DINA installer unn camp de torture. Le film de Florian Gallenberger se déroule à cette époque. C'était l'époque de la guerre froide et la dictature de Pinochet était pour certains une protection contre la menace communiste. Le leader démocrate-chrétien bavarois Franz Joseph Strauss s'affichera à Colonia Dignitad.

Le respect des libertés individuelles, l'importance des droits de l'Homme sur tous les continents étaient un thème pour les milieux politiques et les universités allemandes, mais ne constituaient pas la priorité des Européens -nombre d'entre eux étaient confrontés à l'héritage de leur passé colonial à cette époque. La diplomatie allemande partageait cette attitude.

Un exemple nous aidera peut être à mieux comprendre cela. Un collaborateur de l'ambassade allemand de Santiago du Chili décrivait en 1977 la Colonia avec des mots: "tout est propre et en ordre jusqu'aux mangeoires des cochons". A la fin de la dictature Paul Schäfer se réfugia en Argentine afin d'échapper aux enquêtes qui venaient d'être ouvertes. Il fut repéré en 2005 et emprisonné pour abus d'enfants, torture, meurtres et autres crimes. Il décéda en prison en 2005 à l'age de 88 ans.

La mémoire est encore vive les faits encore proches, y compris en ce qui concerne le rôle de l'ambassadeur allemand au Chili, ce qui explique la passion avec laquelle les débats se sont ouverts après la projection du film.

Le réalisateur Florian Gallenberger a entamé des recherches sur Colonia Dignitad depuis la classe de seconde du collège proche de Münich ou il était scolarisé. Une enseignante avait projeté aux élèves un documentaire sur la secte et son chef Paul Schäfer. "Le ministère des affaires étrangères, soulignait Steinmeier lors de la présentation du film, n'est certe pas coupable du putsch militaire et des 17 années de dictature au Chili. Il n'est pas responsable non plus des méfaits de Paul Schäfer et de ses acolytes, complices en partie des militaires et la dictature." Mais le ministère aurait dû prodiguer avec détermination les conseils et l'assistance indispensables aux ressortissants allemands victimes de la secte, selon les lois consulaires. "Il aurait dû tenter de réduire plus tôt les marges de manœuvre de la secte par la pression diplomatique, et entamer les démarches juridiques nécessaires".

L'ambassade a trop longtemps renoncé à exiger que des citoyens allemands -les habitants de la colonie l'étaient justement- puissent parler librement avec les agents consulaires. Le ministère et l'ambassade avaient visiblement perdu la boussole entre l'intérêt d'entretenir de bonnes relations avec le pays hôte et l'attention portée au respect des droits de l'Homme.

Dieter Maier, le chercheur spécialiste de Colonia s'est demandé pourquoi les diplomates allemands ont cru aux mensonges de Schäfer and Co. Peut être n'avaient-ils jamais pu imaginer tant de "décalage, de barbarie, de destructivité". Le ministère, selon lui, devrait peut être envoyer les nouveaux diplomates faire un stage dans une mafia quelconque, afin de renforcer leur vigilance à l'égard du mal. "Je n'irais pas si loin, dit Steinmeier. "Mais la vigilance est un terme que nous devrions probablement retenir. Le ministère des affaires étrangères veut tirer les leçons de sa conduite vis à vis de Colonia Dignitad. Les archives et les documents à ce propos sont importants, pas seulement pour juger le passé, pour la formation de nos jeunes collègues."