(ce billet a été publié sur mon Berlin Blog le 26 juillet 2010

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Love parade Duisbourg

Le tunnel de Duisbourg et les 21 morts et les centaines de blessés qui en ont été victimes ont donné le coup de grâce à la fête de la musique techno. Née il y a vingt ans à Berlin -en rassemblant alors 150 participants-, la Love Parade avait donné à l'Allemagne des années 2000 une nouvelle image rassemblant la jeunesse, l'amour et la musique, après la chute du mur. A l'effarement devant les morts, et les scènes de panique de Duisbourg, succédait hier l'incompréhension puis la colère face à l'amateurisme de l'organisation du rassemblement. Plus d'un million de personnes coincées entre un autoroute, une voie ferrée, des murs et des barrières, ne disposaient que d'un « trou d'aiguille», selon un policier, pour accéder au terre-plein ou les Dj menaient la danse, ou en sortir.

La fête pendant le drame. 

La télévision retransmet la Love Parade et les premières annonces concernant la panique dans le tunnel et les premiers morts. Pour ceux qui connaissent la région le danger paraissait évident. Sur le forum du portail du groupe de presse régional Waz, "der Westen", les internautes s'inquiétaient dés le 20 juillet : « qui connaît Duisbourg, sait que ça va être le chaos total » écrivait "Kerchak". « Ce qu'il font là est totalement criminel, renchérissait "Voltago", que feront-ils si le chaos tourne en panique ? Ou les gens pourront-ils trouver de la place? ». « Faire passer un million de personne à travers la route du tunnel...cela ne marchera jamais, c'est impossible, écrivait "Klotsche", je vois déjà les morts d'ici, à la fin du rassemblement, si tous veulent le quitter par cet itinéraire étroit. » L'espace réservé à la fête, 260 000 mètres carrés environ, avait été jugé suffisant par les organisateurs pour 500 000 participants prévus. Il en viendra le triple. Ce qui n'a rien d'étonnant.

Les Love Parade ont toujours rassemblé plus d'un million de « ravers » ces dernières années.

La fête se déroulait en plus dans la Ruhr, capitale culturelle de l'Europe 2010, ou les manifestations se succèdent depuis des mois. Le dimanche précédent, 60 kilomètres d'autoroute avaient été fermés à la circulation entre Duisbourg et Düsseldorf, afin de permettre à un million d'habitants d'organiser leur fête de « la culture quotidienne», au milieu des tables de victuailles et des réserves de bière. Deux millions ou trois millions de participants envahiront la chaussée.

Entre les murs et le tunnel, c'est l'étouffement.

Dimanche midi, Rainer Schaller, secrétaire général de la « Love Parade AG » et détenteur de la chaîne de « studios fitness » « Mc Fit », assurait que tout serait fait pour éclairer les causes du drame. « Par respect pour les victimes », le rassemblement de Duisbourg n'aura pas de suite. La Love Parade est morte. conférence de presse de l'organisateur de la Love Parade et de la municipalité. La fuite devant les responsabilités du drame. L'affaire ne fait que débuter par contre sur le plan judiciaire. Dés dimanche le parquet perquisitionnait les bureaux de la mairie de Duisbourg pour saisir les documents concernant la préparation du rassemblement, et ouvrir une enquête. Les mises en garde des policiers ou des pompiers, estimant Duisbourg inadapté, trop exigu, pour un rassemblement de plus d'un million de personnes auraient débuté il y a un an déjà.

En 2009 la municipalité de Bochum avait refusé d'organiser la Love Parade. Sur l'avis notamment du président de la police locale, Thomas Wenner, qui ne voulait pas « sacrifier la sécurité des participants, sur l'autel du profit ». Le policier aurait décidé aujourd'hui de porter plainte contre le maire de Duisbourg pour cette raison même. Matthias Roeingh, l'inventeur berlinois de la Love Parade en 1989, surnommé Dr Motte, n'a pas attendu lui le résultat de l'enquête pour condamner dés samedi soir les « fautes de management crasses » des organisateurs qui ont pris sa marque, « avides » de profits.

« Ils sont coupables. C'est un scandale. Comment peut on laisser une seule voie de passage au gens pour rejoindre un tel rassemblement. »

Dr Motte attaque nominalement Raine Schaller dans plusieurs journaux ce lundi. « Il s'en fou de ce qui se passe avec la Love Parade, son seul souci c'est de faire de la pub' pour sa chaîne de studios-fitness et de pouvoir en même temps déduire ses investissements dans le rassemblement de ses impôts. Je me demande comment on peut être à ce point cynique, comment il se peut qu'un organisateur soit quasi prêt à piétiner des cadavres pour le profit et le marketing. » La Love Parade, selon son fondateur, était devenue ces dernières années un pur événement commercial, laissant les gens et la culture sur le bas-côté.

Il avait fini par vendre sa part dans la Love Parade Ag au président de McFit en 2007. Ses critiques à son égard aujourd'hui seraient d'ailleurs une forme de vengeance, selon certains. Mais les centaines de milliers de visiteurs venus à la Love Parade samedi se sont heurtés à l'étroitesse du projet, comme des lieux de rassemblement.

Un éducateur raconte dans le quotidien Tageszeitung son écoeurement lorsqu'il a débarqué à Duisbourg. Les parcs et espaces verts étaient bouclés, interdits aux jeunes visiteurs indésirables, le centre ville aussi. Venus pour faire la fête ils ont été utilisé pour un spectacle-pub', un évènement destiné à mettre la ville en relief, dans un espace fermé. Entassés, comprimés au milieu des poussière, coincés par les murs et le tunnel, étouffant les uns contre les autres, les flots de visiteurs resteront bloqués des heures, les vapeurs d'alcool, de « joints », se mêlant à l'excitation et la chaleur.

 

La foule qui sortait du rassemblement s'affrontait à celle qui voulait y entrer encore dans un interminable surplace. L'accès du site de rassemblement, complet, ayant été bloqué par les organisateurs, des échauffourées éclateront, l'ambiance tournera à la panique, certains tenteront d'emprunter un escalier, un container, pour s'échapper de la cohue coincée dans le tunnel et de l'étouffement et s'effondreront sur la foule, morts ou blessés. Ce seraient ces « dérapages individuels », imprévisibles, qui seraient finalement responsables de la catastrophe, selon le maire de Duisbourg, le démocrate chrétien Adolf Sauerland, et son conseiller, le professeur Michael Schreckenberg, «spécialiste en risque de panique ». Elles auraient pris en défaut un « plan de sécurité » qu'ils jugent toujours inattaquable. Mais: « on ne bâtit pas un rassemblement comme la Love Parade en tablant sur la sagesse de ses participants, réplique un policier ».

La police et les pompiers auraient tenté avant le rassemblement d'imposer une autre organisation de la fête, afin d'éviter le piège du « trou d'aiguille » du tunnel. Mais leur proposition aurait nécessité beaucoup plus d'investissement, et auraient été rejetées par la mairie «sous pression des organisateurs ». Les morts ont été victimes de « purs motifs d'intérêts » concluait hier Erich Rettinghaus, président du syndicat des policiers