La nouvelle de la mort de Cornelius Gurlitt a aussitôt fait le tour de la planète. Mais que ce vieil homme malade se soit éteint à Münich « semble avoir surpris le monde entier », note le Süddeutsche Zeitung. Même les grands journaux n'avaient pas préparé de nécro... « Il était devenu pour la plupart en quelque sorte un fantôme » Gurlitt2.JPG

Cornelius avait hérité en 1956 de son père Hildebrandt Gurlitt 1500 toiles précieuses, amassées sous le régime nazi. Un trésor qu'il avait conservé précieusement incognito.

Jusqu'à ce qu'il se fasse pincer en 2010 par les autorités douanières qui découvriront l'incroyable collection clandestine en 2011. Une trouvaille révélée en novembre 2013.

Gurlitt était alors devenu un « monument du souvenir dont les Allemands se seraient bien passé, souligne die Zeit ». Il leur rappelait douloureusement un chapitre de leur histoire qu'ils croyaient classé ou ayant perdu de son importance : le vol organisé des œuvres d'art par le régime nazi, les collectionneurs dépossédés, expropriés, ou soumis au chantage. Un vol que la législation de la République fédérale, après guerre n'a pas réparé.

Hitler avait chargé Hildebrandt Gurlitt de débarrasser l'Allemagne des « œuvres d'arts dégénérées » (Picasso, Klee, Chagall, Matisse...), et de les vendre à l'étranger. Hildebrandt, juif d'origine, connaissait parfaitement le monde des « galeries » des collectionneurs et des musées. Hitler en profita et Gurlitt s'appropria 1500 des œuvres d'arts saisies par le Reich, dissimulant son trésor lors de la libération de l'Allemagne par les alliés en prétextant que les toiles avaient brûlé dans l'incendie de Dresde. Son fils vécu de cette rente, à l'écart du monde, vendant des toiles en Suisse jusqu'en 2010...ou il se fit pincer par un contrôle douanier, avec 9000 euros en liquide en poche.

Cornelius Gurlitt a joué d'ailleurs un dernier tour posthume à l'Allemagne, en léguant sa collection à la Suisse, au musée de Berne. La Bavière ou il résidait -il possédait un appartement à Müncih et une maison à Salzbourg en Autriche- avait tenté de l'appâter en lui proposant d'accueillir sa collection dans un château bavarois, ou il aurait également une résidence. Mais Gurlitt avait rejeté cette proposition -ne pardonnant pas sans doute au fisc allemand de vouloir lui saisir ses œuvres d'art.

Il avait finalement accepté de faire expertiser l'ensemble de sa collection, afin de rendre leurs biens aux propriétaires éventuels des œuvres volées, ou à leurs descendants. Sur ce plan c'est bien la morale qui fera finalement droit sur les titres de propriété. Car « légalement » Gurlitt était bien devenu le propriétaire de ces œuvres.

« Les délais de prescription légaux qui furent instaurés pour justifier aujourd'hui la propriété légale d'une œuvre volée, paraissent bien déplacés quand en 2014 encore, les conséquences des razzias nazies sont toujours en vigueur, souligne die Zeit.  La République fédérale a manqué à son obligation en ne se dotant pas à temps d'une loi du retour aux propriétaires ou à leurs héritiers des œuvres saisies, comme c'est le cas en Autriche».

Les fondations, les avocats des familles spoliées, et les critiques fustigent de leur côté les copieux délais que se sont accordés les experts allemands avant de rendre leur verdict sur les œuvres qui devraient être restituées à leurs propriétaires d'origine.

Voir également :

« Toiles disparues depuis 1945, les clés d'un silence coupable »

« Cornelius Gurlitt accepte de laisser expertiser les toiles du trésor nazi »