Officiellement le premier ministre turc Tayeb Erdogan est venu samedi 24 mai  à Cologne fêter le dixième anniversaire de l"union des démocrates turcs d'Europe" (UET), que soutient son parti, l'AKP. Il a tenu en fait dans la capitale rhénane, son meeting de campagne pour les élections du président de la république qui se dérouleront en Turquie en août prochain,1 million d'électeurs turcs résident en Allemagne.

Erdogan est donné favori pour les présidentielles, même s'il n'a pas encore annoncé officiellement sa candidature -le président en fonction, Abdullah Gül, fait figure également de candidat potentiel.

15000 de ses partisans sont venus l'ovationner dans la « Lanxess-Arena ». Erdogan1.JPGTandis que 30000 manifestants, Turcs et Kurdes venus d'Allemagne mais aussi de plusieurs pays voisins l'ont conspué. « Erdogan est un dictateur » affirmait une femme citée par le quotidien berlinois die Tageszeitung. « Il est responsable de la mort de nos collèges », poursuivait-elle en se référant aux 300 mineurs de la mine de Soma -le parti d'Erdogan, s'est opposé au parlement à l'ouverture d'une enquête sur les conditions de sécurité dans la mine, un mois avant l'accident, ndr.

Une accusation qui s'ajoute aux démêlés récents d'Erdogan avec les médias, la police et la justice après les révélations sur les « affaires » et la corruption à laquelle il serait mêlé ainsi que son fils, et aux affrontements avec les manifestants du parc Gezi à Taksim, au cœur d'Istanboul.

Erdogan a répété à Cologne que tout cela n'est que le fruit du complot des médias, des dirigeants politiques étrangers qui jalousent en fait les succès de la Turquie (voir mon billet Gauck fait la leçon à Erdogan...) et du mouvement populaire islamiste « Gulen » qui s'est retourné contre son parti, l'AKP, après avoir assuré son succès. Avec assurance, rejetant l'arrogance des pays européens à l'égard de la Turquie, Erdogan a souligné à Cologne sous les ovations de ses partisans, que l'Allemagne est certes le numéro un en Europe avec 0,8 % de croissance. Pourtant a-t-il poursuivi, même si « je ne peux pas encore l'assurer notre économie elle va vraisemblablement afficher une croissance de 4 %.»

« Erdogan.JPGOn dit qu'Erdogan est un dictateur assure Esma Burunsuz, 21 ans dont les propos sont rapportés par der Spiegel. Mais en Turquie nous avons la liberté d'opinion. Un peu trop à mon avis d'ailleurs. L'interdiction de Twitter par exemple était juste. Tout le monde s'y précipite pour charger Erdogan et sa famille. Cela devrait être interdit. Maintenant on peut retrouver les traces de ceux qui écrivent le pire sur Erdogan et je trouve ça normal.

« J'aime Erdogan par dessus tout. Il construit des écoles en Turquie qui son plus modernes que nombre d'écoles en Allemagne. Dans bien des établissements, les élèves apprennent avec des Ipad qu'il n'y a pas ici. Je crois que les gens en Allemagne sont jaloux d'Erdogan et c'est pour ça qu'ils le critiquent. »

Erdogan n'a pas manqué de fustiger les médias allemands, la presse, dont der Spiegel qui avait titré l'une de ses unes des mots d'un mineur de Soma «va au diable Erdogan ». Le maire de Cologne s'était inquiété de la « provocation » du premier ministre tenant meeting de campagne en Allemagne, quelques jours après la catastrophe de Soma. Les quotidiens allemands il est vrai n'épargnent pas le premier ministre turc.

Mais le fait qu'il vienne rassembler ses « frères et sœur » dans des meetings monstre à Cologne, les invitant à s'intégrer en Allemagne, tout en rejetant toute politique d'assimilation, est un bon exemple de la tolérance à l'égard de sa première communauté d'immigrés instituée par la République fédérale, qui pourrait faire réfléchir en France. Ou l'on imagine mal Bouteflika (mettons entre parenthèse ses problèmes de locomotion) venir tenir meeting aux halles de la Villette, lors de la campagne électorale des présidentielles en Algérie. Avec contre manifestation de ses opposants.