Eminger faisait partie des supporters du trio meurtrier composée de Beate Zchäpe, l'égérie du groupe, et de Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt auteurs également de deux attentats à la bombe qui firent des dizaines de blessés, rappelle le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le duo fut finalement démasqué par hasard par les services de renseignement et la police, lors d'un hold-up raté, après avoir été ignorés pendant treize ans.

 

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Les dix victimes du terrorisme néo-nazi  NSU

    Les autorités aveint enquété en effet pendant des années sur une supposée "Mafia" turque du Kébab, en dépit des affirmations des proches des victimes imputant ces crimes au racisme, à l’extrême droite.

    Eminger avait été condamné en juillet 2018 par le Tribunal de Münich, lors du procès de la NSU (Nazional Sozialistischer Underground), pour avoir fourni à la cellule clandestine de faux documents, des cartes de transports de la Deutsche Bahn établis à son nom et à celui de sa femme notamment. Il avait également loué deux camping-car utilisés par le duo Mundlos-Böhnard dans deux hold up et un attentat. Il avait donné enfin la carte d’identité de sa femme à Zschäpe lors d’un faux témoignage auprès des autorités.

    Le tribunal de Münich avait estimé qu'Il se doutait  que le groupe se livrait à des actes terroristes, sans toutefois connaître leurs plans en détail.

    Eminger était un membre actif des milieux néos-nazis dans le Land de Saxe. Portant  sur son corps des tatouages dont le slogan « die Jew Die » (mort au juif) et un portrait d’Horst Wessel, militant nazi héros du IIIè Reich. Jugeant la peine infligée à Eminger trop minime l’avocat général avait fait appel du jugement du tribunal de Münich devant le Tribunal fédéral. Il avait réclamé pour sa part douze ans de prison, tandis que l’accusé lui demandait sa relaxe.

    Rappelons le sort et les condamnations  des autres membres du réseau NSU, le trio meurtrier et ses complices.

   Les deux tueurs, Mundlos et Böhnardt, se sont suicidés en 2011 dans leur camping-car, après avoir été repérés par la police lors d’un hold-up raté dans une banque à  Eisenach. Beate Zschäpe apprenant la nouvelle fit aussitôt sauter la maison-buncker du groupe à Zwickau, avant de disparaître puis de se livrer finalement à la police.  Elle a été condamnée en 2018 à la prison à vie par le tribunal de Münich en tant que complice des meurtres racistes en série. Le Tribunal fédéral a rejeté en août dernier son recours en révision du procès. Trois autres supporters du réseau NSU ont été également définitivement condamnés.

    Le Tribunal fédéral en confirmant en décembre 2021 la condamnation d’Emminger, dont les motifs dujugement devraient être publiés en janvier, a donc définitivement mis un terme au procès de la NSU devant la justice, pour des crimes entamés en 1998 et jugés en 2018. Le chapître judiciaire est clos.

    Pourtant bien des aspects de l’enquête et du dossier restent obscurs pour les familles des victimes. Pourquoi les autorités ont elles ignoré pendant des années les indices qui auraient pu les conduire sur la piste du trio clandestin? Un agent des services de renseignement en contact avec les néos-nazis était présent en 2006 dans le café de Kassel ou l’une des victimes, Halit Yozgat, fut assassiné. Mais il n’entendit pas les coups de feu et ne remarqua pas le cadavre selon ses déclarations ! Des documents remis aux services de renseignements ont disparu sans laisser de traces.

    Gamze Kubasik, la fille de Mehmet Kubasik, assassiné lui à Dortmund en 2006, se dit écoeurée du dernier jugement du Tribunal fédéral, rapporte le quotidien Bild. Elle est persuadée qu’Eminger était actif au sein du réseau NSU. Elle rappelle que les néos-nazis présents dans la salle du tribunal de Münich en 2018 ont applaudi à la lecture du jugement. Ce qui reste pour elle un symbole effrayant. Elle s’insurge contre la confirmation de la condamnation d'Eminger à deux ans et demi de prison seulement, et se demande comment les juges allemands du Tribunal fédéral ont pu légitimer une telle peine minime, sans en rougir.

    « Personne ne peut croire sérieusement qu’Eminger n’était pas au courant des plans de meurtres en série de la NSU, insiste-t-elle dans le quotidien Bild. » Elle avoue avoir perdu toute confiance dans la justice allemande et juge que les nazis sont mieux traités en Allemagne que les autres accusés.

    Gamze Kubasik veut poursuivre son combat pour faire toute la lumière sur les crimes de la NSU.

 

Pour en savoir plus:

-NSU, trois terroristes néos-nazis ont tué impunément pendant treize ans

-Le procès de la faillite des autorités policières

-Crimes NSU. Pourquoi? Le désarroi des familles des victimes

-Enquête rocambolesque sur l'étrange assassinat d'une policière