Amérique-Allemagne, un coup de froid venu de Detroit
jeudi 5 novembre 2009 à 18:05 - permalien #487
Le Frankfurter Allgemeine Zeitung raconte qu'Angela Merkel appris la nouvelle par l'un de ses conseillers alors qu'elle terminait ses rencontres à Washington. « Elle paru littéralement frappée par la foudre ».
C'est un affront comme on en a jamais connu, un désastre pour les relations entre l'Allemagne et les USA, commente le Tagesspiel. Encore pire que les pires moments entre Georges Bush et Gerard Schröder.
Et qui peut croire qu'Obama n'avait pas la moindre idée du coup que préparait GM en s'entretenant avec Merkel s'interroge le quotidien berlinois? Qui peut croire que son gouvernement est complètement étranger à cette décision? L'avenir proche pourrait bien être détestable. C'est triste.
Les experts estiment que la nouvelle direction de GM a choisi d'appliquer une stratégie plus agressive à l'égard de l'Europe. Convaincue que les modèles d'avenir y verront le jour. Le chef de GM, Fritz Henderson, qui s'était prononcé en faveur de la reprise d'Opel par Magna, selon les voeux du gouvernement allemand, aurait été désavoué par la « nouvelle direction » du groupe, mise en place par l'administration Obama, et par le chef du conseil d'administration, Ed Whitacre. Les membres du conseil de GM qui voulaient à tout pris empêcher le transfert de technologie d'Opel à la Russie -la banque russe Sberbank étant associée à l'opération Magna- l'ont emporté.
C'est un échec politique complet, estime le Frankfurter Allgemeine Zeitung. La chancelière n'a cessé de répéter que Magna présentait le meilleur plan de sauvetage industriel. S'immisçant ainsi dans les plans d'avenir d'une entreprise, ce qui ne fait pas partie normalement des activités d'un chef de gouvernement dans une économie sociale de marché. Même en pleine campagne électorale. Et le fait que l'affaire ait échoué avec Magna tient entre autres à cette intervention étatique. Mais la chancelière n'en tire aucune conséquence. Elle ne prend aucune distance à l'égard de la politisation du cas Opel et annonce même déjà de nouvelles discussions avec le président américain Obama.
Mais General Motor ne peut pas sauver Opel seul souligne le Frankfurter Rundschau, qui fustige « les fossoyeurs d'Opel. » L'entreprise US a encore du faire appel au fond d'aide de 50 milliards de dollars pour un montant de 2,8 milliard. Et puis il ne s'agit pas seulement d'assainir l'entreprise, mais de lui assurer des investissements suffisant pour garantir l'avenir, à hauteur de 6 à 7 milliards de dollars. Entre autres pour assurer le développement rapide du futur modèle à traction électrique. Or le gouvernement allemand ne mettra pas les 4,5 milliards d'euros promis en cas de rachat du groupe par Magna, à la disposition de GM. Car l'aide était destiné seulement à Opel, pas à GM. L'argent du contribuable allemand ne doit pas aller renflouer les caisses du konzern' américain.
Dirk Pfeil, membre du conseil de tutelle qui administre Opel depuis la faillite de GM, est favorable lui à la décision prise par le groupe automobile de Detroit , rapporte le Berliner Morgenpost. « Pour les contribuables allemands se serait la meilleure solution ». Le maintien du constructeur allemand au sein du groupe américain serait également la meilleure garantie contre tout transfert de know-how à la Russie. Ce qui se traduirait tôt ou tard par la perte d'emplois en Allemagne même. Un point de vue tout à fait personnel, selon le conseil de tutelle.
Le plus curieux en effet est que Dirk Pfeil, membre du parti libéral (FDP), représente les quatre Länder ou se trouvent les sites d'Opel. Or les ministres président de ces quatre Länder, dont celui de Hesse, Roland Koch, démocrate-chrétien, étaient favorables à la reprise d'Opel par le groupe Magna. Et s'insurgent contre le retournement de GM. Mais Dirk Pfeil interrogé par Deutschlandfunk, ne partage pas leur colère. « Le droit de propriété figure toujours dans la constitution souligne-t-il. GM est propriétaire d'Opel et devait savoir ce qu'il avait l'intention de faire de sa propriété ».
Rainer Brüderle, nouveau ministre de l'industrie et membre du parti libéral également, fustige lui le comportement inacceptable de General Motors rapporte le quotidien économique Handelsblatt. Il réclame le remboursement du crédit relai de 1,5 milliards d'euros accordé par le gouvernement à Opel, et laisse ouverte la question de futurs crédits qui seraient accordés au groupe automobile dans le cadre de sa restructuration. « Nous ne cèderons pas aux pressions de General Motors».
La direction européenne de GM a déjà mis les salariés « sous pression » , note le Süddeutsche Zeitung. Ils devraient eux aussi apporter leur contribution au redressement du groupe. Les syndicats doivent négocier et si aucun accord n'est conclu, GM menace Opel d'insolvabilité. Le chef du conseil d'entreprise d'Opel, Klaus Franz, rejette cette menace en assurant que: « les salariés ne se laisseront pas intimider ». Le plan de restructuration d'Opel de l'état major de Detroit ne tient pas la route, selon lui.
Angela Merkel n'a plus qu'à ramasser les débris de son plan de sauvetage d'Opel, note Spiegel on line. GM a laissé pendant des mois les discussions avec Magna se dérouler. Et finalement la chancelière et le gouvernement allemand sont menés par le bout du nez. Précisément le jour ou la politique américaine faisait la fête à la chancelière lors de son discours devant le congrès. Le -futur- chef du SPD, Sigmar Gabriel, souligne de son côté que la décision de GM est tout simplement: « la preuve que l'influence de la chancelière va jusqu'à un discours devant le congrès US, mais s'évanouit lorsqu'il s'agit de sauver des emplois ».
Un vrai camouflet pour la chancelière qui a effacé le succès de son apparition devant le congrès. « Bravo », titrait Spiegel on line, avant la vague déclenchée par le choix de Detroit. A quelques jours de la commémoration de la chute du mur -dont Obama sera absent- la relation Berlin-Washington prend un sérieux coup de froid. « Les Américains ne doivent pas s'imaginer qu'ils pourront faire chanter les allemands », tonne le chef du groupe parlementaire démocrate chrétien au Bundestag.

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