Procès Demjanjuk, un témoin raconte l'horreur de Sobibor
mercredi 20 janvier 2010 à 22:35 - permalien #537
« Ce sont eux qui poussaient les juifs, à coup de baïonnettes, vers les chambres à gaz. » Ils faisaient tourner le camp. Il n'y avait parfois que 15 SS à Sobibor, sur les 30 qui y étaient affectés, ils avaient plus d' une centaine de Trawniki, sous leurs ordres.
« Sobibor on savait que c'était la fin », souligne Thomas Blatt, selon le Berliner Zeitung. Sa voix hésite un moment lorsqu'il raconte comme il s'est séparé de sa mère, aiguillée vers la chambre à gaz avec son père et son petit frère, à leur arrivée...
Thomas Blatt avait alors 15 ans et a eu la « chance » d'être sélectionné pour travailler au camp. Il devait trier les effets des déportés, bruler les passeports, les documents des victimes, et couper les cheveux des femmes juives avant qu'elles soient gazées. « Des polonaises m'ont demandé pourquoi j'aidais les Allemands, puisque je n'en sortirais pas, de toute façon ».
Et puis il entendait les cris des femmes et les pleurs des enfants, venant du camps 3, là ou se trouvaient les chambres à gaz. « C'était le tourment de mon âme», dira-t-il au tribunal. Je pensais: « tu es un sale type ». Plus tard, Blatt se joindra à un groupe de résistants dans le camp.
La révolte éclatera en octobre 1943. Les prisonniers tueront les SS et nombre de gardes ukrainiens. Beaucoup réussiront à s'enfuir. La plupart seront repris et exécutés. Une cinquantaine seulement en réchapperont et survivront à la guerre, comme Thomas Blatt.
Le témoin rapporte qu'il avait entendu dire au camps que des gardes étrangers s'étaient enfuis également. Il ne sait pas par contre s'ils furent rattrapés et châtiés. C'est là une question importante, pour le tribunal. Car les défenseurs de Demjanjuk arguent que les gardes de Sobibor ne pouvaient pas s'opposer aux SS et aux ordres qui leur étaient donnés, sans risque de se faire abattre. Les gardes étaient donc des « victimes » eux aussi. Thomas Blatt lui assure que: « seul un idiot peut sortir une telle bêtise ».
"Je ne cherche aucune revanche, je cherche la justice » assure Thomas Blatt, souligne die Welt. La condamnation de Demjanjuk ne lui importe guère, seule la vérité compte. « C'est important pour l'histoire dans 200 ans ».
Demjanjuk est accusé de complicité dans l'extermination des 26900 victimes recensées pendant la durée de son séjour, en tant que garde, à Sobibor. Une présence qu'il conteste et dont la seule preuve est une carte d'identité de garde en son nom. Un document dont il conteste la véracité.

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