Démission du maire, échec de la réforme scolaire: double revers pour l'alliance des Verts et de la CDU à Hambourg
lundi 19 juillet 2010 à 16:31 - permalien #670
Mais la démission de von Beust que la rumeur laissait prévoir depuis longtemps, doublée de la victoire des adversaires de la réforme scolaire approuvée par tous les partis représentés au "Bürgerschaft", le parlement hambourgeois -qui devait porter de quatre à six ans la scolarité élémentaire des élèves dans les nouvelles « écoles primaires »-, est d'abord un coup dur pour les Verts qui dirigent la ville hanséatique avec la démocratie chrétienne depuis 2008. Une première à l'époque.
Pour les écologistes cette nouvelle coalition leur permet de se poser en force incontournable à la constitution des majorités du futur, échappant enfin à leur rôle d'allié minoritaire du parti social démocrate.
« Le modèle « noir-vert » -les couleurs symboliques respectives des deux partis, ndr. Noir-vert, l'alliance de la nouvelle « bourgeoisie-citoyenne » des grandes villes, « noir-vert » l'avenir, que n'a-t-on déjà extrapolé à partir de cette alliance ! Or on le constate maintenant elle est aussi divisée qu'Hambourg peut l'être, note le Frankfurter Rundschau. » Si le conflit scolaire hambourgeois a démontré au moins une chose, c'est bien que la « nouvelle » bourgeoisie n'a pas tenu le coup face à « l'ancienne », avant tout dans la CDU. La défense des privilèges scolaires dont elle bénéficie, est plus importante pour elle que les valeurs intégrationnistes de la scolarisation prolongée des enfants de toutes origines sociales à l'école primaire. La « nouvelle bourgeoisie » est peut être présente dans les fêtes de quartier, mais elle n'est pas capable de constituer des majorités.
Ole von Beust (CDU) incarnait pourtant ce type de dirigeant démocrate chrétien ouvert, libéral, favorable aux thèses écologiques et aux revendications de réformes sociales des verts, en ce qui concerne l'école notamment. Il était de fait le complément de Christa Goetsch, dirigeante des verts hambourgeois et ministre de l'éducation. Pragmatique, celle-ci s'était fait la championne de l'alliance avec la CDU, remettant en cause les coalitions traditionnelles de son parti avec le SPD. La journée d'hier pourrait avoir fait voler cet équilibre en morceau.
Les Verts ont durement encaissé le coup. Christa Goetsch, ministre de l'enseignement, aura de la peine à retenir ses larmes en commentant les résultats du référendum dans la soirée, souligne le Bild Zeitung. «Pour le dire sans parler comme un ministre, aujourd'hui c'est effectivement un journée de merde. C'est dur et décevant, nous n'avons pas su convaincre. ».
La répartition de la participation au vote, et notamment du vote par procuration massif en cette période de vacances scolaires est un véritable atlas social de la ville hanséatique , note le Financial Times Deutschland. Dans les quartiers aisés, au bord de l'Elbe comme dans les quartiers chics de la ville ou l'opposition à la réforme était la plus forte, les taux de participation dépassent les 50%.
Les parents des élèves qui suivent généralement le parcours de la sélection précoce à 8-9 ans, pour rejoindre le lycée ou ils prépareront leur bac se sont mobilisés en force. Un tiers des votants au maximum ont voté dans les quartiers défavorisés. Ce sont pourtant les enfants des parents qui y vivent qui étaient supposés tirer profits de la prolongation de la scolarité commune à l'école primaire jusqu'à 11-12 ans, leur permettant d'affronter la sélection avec des chances comparables à celles des enfants des milieux aisés.
Pour les Verts, le revers est d'autant plus rude que la réforme scolaire, comme la démocratie directe font partie de leur carte d'identité. Ce sont eux qui ont imposé à la démocratie chrétienne la mise en oeuvre de référendums d'initiative populaire à Hambourg.
Remettront-ils maintenant la coalition avec les démocrates chrétiens en cause ? Non, sans doute si l'on en croit le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Les récents sondages indiquent que la CDU y a perdu des plumes. Elle n'est plus la force principale aujourd'hui à Hambourg et se retrouve au coude à coude avec le SPD.
Les démocrates chrétiens n'ont aucun intérêt à l'organisation d'un nouveau scrutin après la démission de Von Beust. Les Verts quant à eux ont plutôt renforcé leur rayonnement sur la ville-état, marquant des points depuis le début de la coalition noir-vert. Le travail commun avec la CDU se déroule jusqu'ici dans de bonnes conditions. Quelles que soient les couleuvres qu'ont dû avaler les Verts au départ, telle que la prolongation de la construction de la centrale au charbon, qu'il leur était juridiquement impossible de remettre en cause.
Les Verts n'ont pas perdu non plus le souvenir de leur coalition avec les sociaux démocrates en 2001, ou ils se sentaient tout juste « tolérés » par leur partenaire. Ils ne sont pas prêts aujourd'hui à entendre les avances des sociaux-démocrates, leur conseillant de réfléchir à nouveau à leur alliance à Hambourg avec la CDU. Même si le SPD, les verts et le parti la Gauche disposent d'une majorité mathématique au parlement local.
Le conflit sur la réforme scolaire enfin n'a pas eu lieu entre les partenaires de la coalition qui dirige la ville, mais entre celle-ci et le mouvement pour le référendum d'initiative populaire constitué contre le projet du gouvernement noir-vert. Le « modèle de Hambourg », quels que soient ses avatars, reste une alternative politique, qui pourrait éventuellement se concrétiser dans les années à venir à Berlin, face au gouvernement du SPD et du parti la Gauche.
Reste que la défaite de la réforme scolaire est une claque pour les Verts, souligne le Tageszeitung. Christa Goetsch n'a pas réussi à constituer une majorité en sa faveur chez les électeurs, correspondant à l'accord politique conclu au gouvernement de la ville état. Du coup plus rien ne risque de bouger par ailleurs dans l'enseignement en République fédérale dans les années à venir. Si une coalition de tous les partis n'est pas capable de convaincre qui d'autre peut donc le faire ?
Le fait que les sociaux démocrates et le parti la Gauche aient finalement plus mobilisé pour la réforme qui n'était pas la leur que les démocrates-chrétien illustre l'apparence trompeuse de la coalition « noir-vert ». Que le successeur démocrate chrétien de Von Beust la ranime est douteux. Quel que soit la durée de son mandat, elle est à bout de souffle à mi-parcours.

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